‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 314 sur 347 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

promulgation du décret de canonisation. Grégoire IX, descendant ensuite de son trône, alla se prosterner devant la châsse du nouveau Saint, y colla ses lèvres, y déposa son offrande, selon l'usage, puis revint offrir le saint sacrifice de la messe. Les fils du saint Patriarche, des flambeaux ou des branches d'olivier à la main, formaient une couronne autour de l'autel et chantaient en chœur :

« Francisons pauper et humilis, cœlum dives ingreditur ; hymnis cœlestibus honoratur : L'humble et pauvre François monte riche de mérites au ciel; les chœurs angéliques célèbrent son triomphe. »

Enfin, après la messe, le Saint-Père, ayant invoqué tout haut le nouveau Saint : « Père saint François, priez pour nous », donna les indulgences d'usage et la bénédiction pontificale.

La canonisation des Saints est toujours une ovation sans égale, une ovation qui se tient, pour ainsi dire, sous les portiques du temple éternel. Celle du séraphique Père se distingue pourtant, entre toutes, par plusieurs circonstances exceptionnelles que nous ne pouvons passer sous silence. C'était la première fois qu'en dehors de Rome, un Pape accomplissait ce grand acte sur la tombe même du nouveau Saint; de plus, le Saint-Siège portait un jugement définitif moins de deux ans après la mort de l'élu de Dieu. Enfin Pica, la vieille mère de François, était présente à ces triomphales cérémonies. Heureuse mère, qui, en retour d'une vie de sacrifices et d'immolation, goûtait la plus douce récompense qu'une femme puisse ambitionner en ce monde : elle était couronnée dans son fils!

42t) SAINT FRANÇOIS D'ASSISE.

Trois jours après la cérémonie, Grégoire IX expédia à tous les fidèles de l'univers la Bulle de canonisation, datée de Pérouse (19 juillet 1228), Bulle qui n'est pas seulement un monument de la plus haute autorité, mais aussi le plus splendide panégyrique du Saint.

On n'a pas oublié que François avait désigné la Colline d'Enfer pour le lieu de sa sépulture. Quand le Frère Élie se mit en devoir d'exécuter les dernières volontés de son bienheureux Père, toute la cité se récria contre lui, regardant le choix de cet emplacement comme un outrage pour elle-même et pour la mémoire du plus illustre de ses fils. Il fallut en appeler à la décision du Pape. Grégoire IX approuva les idées et les plans d'Élie; mais par une inspiration vraiment admirable, il décréta que dorénavant la Colline d'Enfer se nommerait la Colline du Paradis. Les consuls d'Assise, heureux de la décision, joignirent la Colline du Paradis aux autres fiefs du Saint- Siège (1).

Le Souverain Pontife commanda au Frère Élie de bâtir une basilique digne du trésor qu'elle allait contenir ; il en bénit lui-même la première pierre au lendemain des solennités de la canonisation , et quoique la révolte de Frédéric II rendît ces temps calamiteux pour le Saint-Siège, il contribua largement de ses propres deniers à l'érection du mausolée. L'obole du pauvre se mêlait aux offrandes du Pape et à l'or des princes chrétiens, et le Frère Élie, soutenu par de si hauts encouragements, et aidé de l'archi-

1. « Is qui Ecclesiam (Bullar. francise, 12 avril 1230. » L'acte de donation est du 28 mars 1228 et revêtu de la signature du donateur, Simone di Puccio (archives du Sagro-Convento).

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