‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 320 sur 347 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

fois, la France et l'Espagne, ces deux nations qu'il avait aimées d'un amour de prédilection et qui avaient entendu avec sa voix les battements de son cœur d'apôtre, se distinguèrent entre toutes les autres; elles rivalisèrent de zèle avec l'Italie, pour lui rendre leurs hommages et célébrer ses vertus. Les rois et les hauts barons donnèrent son nom à leurs fils ; les peuples lui bâtirent des autels; les déshérités de ce monde implorèrent le secours de sa puissante médiation ; et Dieu se plut à autoriser leur confiance par une foule de bienfaits de tout genre, qu'on peut lire dans les Chroniques de l'Ordre. En un mot, le saint Patriarche exerça un tel prestige sur la société contemporaine, qu'il mérita de partager avec les deux plus illustres personnages de son temps, Innocent III et saint Dominique, l'honneur de donner son nom à son siècle.

Cependant, queUe que soit la dévotion des différentes contrées du monde envers cet amant de la pauvreté, il est une cité qui sous ce rapport éclipse toutes les autres : cité tellement identifiée avec son héros que son histoire semble commencer avec lui. Nos lecteurs la connaissent depuis longtemps : c'est Assise, c'est la patrie du Saint. Assise a perdu son cachet de cité étrusque, de municipe romain, pour demeurer « la cité séraphique » . Ses autres illustrations sont tombées dans l'oubli, les vaillants capitaines qui durent la défendre contre les armes de Totila, de Didier, de Charlemagne, de Frédéric Barberousse, parce qu'elle est sur le chemin de Rome, aussi bien que le poète Métastase qui s'éleva si haut avec Mozart sur les ailes de l'inspiration chrétienne.

Seule, la mémoire de François a survécu à toutes les révolutions; seule, elle est toujours aussi vivante en Ombrie que s'il était mort d'hier.

Parcourons cette ville, à laquelle les maîtres du jour n'ont point enlevé sa physionomie du moyen âge. Sur la principale porte d'entrée, vous lisez une inscription complètement étrangère aux tumultueuses agitations de ce monde et douce comme une voix du ciel : c'est la bénédiction que saint François, aveugle et mourant, donna à sa patrie. L'enceinte de la ville n'est pas moins caractéristique. Hormis quelques chants populaires, que des voix sonores fredonnent aux heures du soir, vous n'entendez guère que la psalmodie aérienne des cloches des monastères, les ébats de l'enfance, ou le doux ramage des oiseaux qui gazouillent dans les jardins.

Sans commerce, sans industrie, avec des bastions en ruine et des murs en partie démantelés, Assise n'a rien de la civilisation bruyante de nos grandes villes de France. Elle vit d'une tradition, d'un tom beau; c'est une cité funèbre, mais funèbre à la manière de Rome et de Jérusalem, sur lesquelles plane l'ombre des martyrs et du divin Crucifié. Mille souvenirs sacrés peuplent cette solitude, et ce qui ravit votre âme, c'est qu'ils s'harmonisent entre eux dans une parfaite unité. Ces rues étroites que vous montez, ces fresques antiques qui décorent la façade ou le vestibule des maisons gothiques des xme et xive siècles, ces monastères, ces églises qui forment le centre et comme l'âme de la cité, tout vous parle du héros en qui le Dante salue la lumière de l'Occident.

Parmi tant de monuments, le premier qui frappe

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