CHAPITRE XIX
reliques si longtemps dérobées aux regards et à la vénération des chrétiens. La crypte est décorée de marbres de toutes couleurs; un autel est placé audessous de la châsse, et adossé à la colonne qui soutient l'édifice ; dix bas-reliefs en terre cuite ornent les parois du mur : dans l'hémicycle situé entre la crypte et le jardin, le pèlerin admire deux belles statues en marbre blanc, représentant Pie VII et Pie IX. En vérité, ne dirait-on pas que dans ces deux augustes sentinelles la Papauté est là, debout, pour veiller sur le monument qu'elle a édifié?
Grâce au sceau pontifical et à la piété des habitants d'Assise, le corps du stigmatisé de l'Alverne est conservé dans toute son intégrité et sans aucune mutilation. Quant aux autres reliques du saint Patriarche, on en conserve encore un grand nombre dont nous allons mentionner les principales : Au Sagro Convento, deux de ses tuniques ; une feuille de parchemin teint du sang qui coulait de sa plaie latérale; la planche qui lui servait de lit, ornée de son portrait par Giunta de Pise ; deux paires de chaussures, l'une en peau de chamois, l'autre en feutre, confectionnées par sainte Claire ; un cilice en poil de chameau ; l'original de la bulle d'Honorius III, et l'autographe de la bénédiction donnée au Frère Léon. — A Notre-Damedes-Anges, une corde. — A Sainte-Claire, le tableau miraculeux de Saint-Damien, le bréviaire de saint François, ainsi que l'aube et le manteau de laine blanche qu'on a retirés du tombeau de sainte Claire, caché lui aussi pendant six siècles et découvert en 1 8o0, trente ans après celui du séraphique Père. — A San Francesco a Ripa, une corde. — A Florence, l'habit
qu'il donna au comte de Monte Acuto. — Au couvent de l'Alverne, une tunique, quelques cheveux, quelques gouttes de sang coagulé, l'obédience du Frère Ange de Pise. — A Paris, au couvent des Pères Capucins, un manteau de laine grise.
Saintes et immortelles reliques des deux séraphins d'Assise, restez à jamais dans les monastères doublement sacrés qui vous possèdent! Saint François, patriarche des pauvres, étends toujours ta main sur cette cité qu'ont bénie tes lèvres mourantes ! Sainte Claire, princesse des pauvres, protège toujours ta patrie contre ceux qui voudraient lui ravir sa foi !
Ne nous séparons point de ces trésors sacrés sans avoir jeté un regard sur le culte dont saint François est l'objet, et sur les magnificences vraiment extraordinaires qui décorent son tombeau. Ce tombeau, illustré par des miracles sans nombre, devint le rendez-vous incessant des princes comme des peuples, des Souverains Pontifes comme des simples fidèles, depuis saint Louis jusqu'à François Ier d'Autriche, depuis Grégoire IX jusqu'à Pie IX; et l'on vit ainsi une des plus humbles cités de l'Ombrie prendre rang parmi les villes les plus fameuses et rivaliser de gloire avec les lieux de pèlerinage les plus antiques et les plus vénérés.
Il ne faudrait pas croire que le culte du Patriarche des pauvres fut restreint à la vallée de l'Ombrie ou renfermé dans l'intérieur des cloîtres d'Assise et de Rome. Il se répandit bientôt sur toutes les plages de l'univers, jusqu'aux îles les plus lointaines ; et après la découverte du nouveau monde par Christophe Colomb, il régna dans les deux hémisphères. Toute-