‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 323 sur 347 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

figuration, vous donne un avant-goût de l'éternelle félicité. Ainsi tout s'harmonise dans un ensemble vraiment admirable, pour raconter dans un poème en pierre les espérances, les luttes et la victoire définitive du Séraphin d'Assise.

Douze couvents d'hommes et de femmes, occupés par les diverses branches de l'Ordre, s'échelonnent comme autant de tentes à l'ombre du pavillon patriarcal où repose le séraphique Père. Chacun de ces couvents rappelle une des périodes de son existence ; mais tous se rapportent à une seule tombe, et sont rangés autour d'elle comme des enfants autour de leur mère. Rivo-Torto, où le serviteur de Dieu composa sa première Règle; Notre- Dame-des-Anges, avec son dôme qui brille comme un phare au milieu de la plaine et fait penser à Bramante et à Vignole; Saint-Damien, qui montre sur les premières ondulations de la montagne ses murailles basses et noircies par le temps ; Sainte-Claire, belle église ogivale du xme siècle, due au génie du Frère-Mineur Philippe de Cambello deSpolète; la Chiesa Nuova (l'Église Neuve), église grecque surmontée de cinq coupoles en mémoire des cinq stigmates de François, et bâtie par Philippe III, roi d'Espagne, sur l'emplacement de la demeure des Moriconi ; enfin, au-dessous des ruines pendantes de la citadelle, la modeste chapelle des Pères Capucins : voilà les principaux monuments, ou plutôt les arcs de triomphe élevés par la foi catholique sur la route qui conduit au tombeau patriarcal (1).

1. Voir YÉtude sur les Monuments d'Assise, par M. l'abbé Riche (trad. des Fioretti).

L'humble François n'avait demandé en mourant qu'un peu de terre, et encore dans un lieu déshonoré ; et voici qu'une triple basilique recouvre ses ossements, qu'une ville entière lui sert, pour ainsi dire, de mausolée et que son tombeau devient un foyer de vie et de lumière (1).

L'architecture avait fait son œuvre sur la tombe du Saint. « Mais les hommes du moyen âge ne pensaient pas avoir achevé un monument pour avoir élevé pierre sur pierre. Il fallait que ces pierres parlassent, qu'elles parlassent le langage de la peinture, qui est entendu des ignorants et des petits ; il fallait que le ciel s'y rendit visible, et que les saints et les anges y demeurassent présents par leurs images, afin de consoler et de prêcher les peuples (2). » La peinture se présenta donc à son tour. Les voûtes des deux églises supérieures furent couvertes d'un champ d'azur semé d'étoiles d'or ; et sur les parois se déroulèrent, en face des révélations bibliques, les scènes de la vie du Pénitent d'Assise. Mais comme s'il eût été impossible d'approcher sans profit de ces murs bénis, la basilique devint le berceau d'une école nouvelle; et l'art, rajeuni, vivifié par un souffle d'en haut, s'élança de cette colline pour se répandre des Alpes à la baie de Naples. Après Giunta de Pise et Giovanni Cimabue de Florence, après ces représentants de la vieille école byzantine, vint enfin Giotto : Giotto, petit pâtre qui fut l'élève de Cimabue et sur-

1. Pierre de Quintavalle, Giacoma de Settesoli , Hécube de Lusignan, reine de Chypre (1243), et Marie de Savoie (1661) reposent dans l'église inférieure.

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