‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 325 sur 347 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

les grandeurs de la Reine des Vierges ; Jacopone la fit gémir dans son Stabat, « cette complainte si douce qu'on y reconnaît bien une douleur toute divine et consolée par les anges ; si simple dans son latin populaire, que les femmes et les enfants en comprennent la moitié par les mots, l'autre moitié par le chant et le cœur (1) ». Puis Giacomino de Vérone, dans YEnfer et dans le Paradis, et le même Jacopone, dans ses canzone, se rapprochèrent davantage de la foule. Ils saisirent des mains de la muse sicilienne l'idiome aulique, national, qu'elle profanait, et le purifièrent en cherchant ailleurs la source de leurs inspirations : ailleurs, c'est-à-dire au vif du cœur humain, dans les harmonies de la nature éclairée d'un rayon divin, dans la conscience remuée par la foi et le repentir, dans cet insatiable besoin de vie et de félicité infinies qui fait à la fois notre tourment et notre honneur. Le peuple, pour qui ils chantaient, se tourna vers eux, et c'est ainsi que leur exemple fraya le chemin de l'immortalité au Dante, à Pétrarque, au Tasse, aux génies soucieux du beau, du vrai, du divin.

Ils contribuèrent puissamment au triomphe de la renaissance chrétienne; mais on n'oublia pas d'où était parti l'élan, et l'on fit justement remonter au poète de VAlverne l'honneur d'avoir importé dans les lettres, comme dans les arts, un sentiment jusqu'alors latent ou à l'état d'ébauche, l'amour séraphique.

Il nous plaît de redire, avec les plus éminents critiques de nos jours, que l'humble Mendiant d'Assise,

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