I. Ozanam, les Poètes franciscains, p
que cet homme passionné pour les petits et les déshérités de ce monde, qui se dépouilla de tout pour mieux se consacrer au service de ses frères, fut en même temps « le père de l'art chrétien (1) », le créateur de la littérature italienne, l'auteur de la plus grande épopée dont les annales de l'ère chrétienne aient gardé le souvenir. Il nous plaît de redire aussi que la postérité se montra reconnaissante envers lui et que, par un contraste étrange, la gloire favorisa entre tous celui qui l'avait le plus méprisée. Il exerça sur les esprits et sur les cœurs, durant la dernière période du moyen âge, une influence aussi prodigieuse que salutaire. Cette royauté intellectuelle, quoique moins éclatante aujourd'hui qu'aux âges de foi, n'est pas à son déclin; les fêtes du septième centenaire à Assise, à Naples, par toute la chrétienté, en ont été une preuve éclatante (2). Mais il ne faut pas que ce rayon de gloire attaché à la vertu nous porte à prendre le change sur la source et l'essence de cette souveraineté. Le fils de Bernardone n'est pas grand parce qu'il fut poète ou parce qu'il inspira le ciseau de Jacques Lapo, le pinceau de Raphaël, l'éloquence de Bossuet, ni même parce qu'il fut orné de privilèges extraordinaires et favorisé de communications mystiques. Il est grand parce qu'il fut le héros de l'amour divin et le type le plus
1. Xouv. Étud. d'histoire religieuse, par Renan, Paris, 1884. p. 341.
2. Le groupe de Naples, posé le 2 octobre 1882, à l'occasion du septième centenaire, résume parfaitement notre pensée sur la royauté intellectuelle du Saint. II est en marbre blanc et représente saint François dominant et inspirant deux do ses fils spirituels, le Dante et Christophe Colomb.