Légende des trois compagnons, c. ni
Apôtres ? D'où vient qu'ils n'ornent pas avec toute la magnificence possible cette pierre sur laquelle Jésus- Christ a fondé son Église? » Et puisant à pleines mains dans son aumônière, il jeta tout l'argent qu'il avait sur le marbre du tombeau (1). Trois siècles après, un de ses fils spirituels, le pape Sixte-Quint, devait réaliser ses vœux, et donner à la reine des basiliques son dernier couronnement.
Au sortir de la basilique, François aperçut une multitude de pauvres qui imploraient la charité des fidèles. Il courut se joindre à eux, échangea ses vêtements contre les haillons du plus nécessiteux, et resta jusqu'à la fin du jour sur les degrés du portique, demandant l'aumône en français (2). Un acte si héroïque arrache à la grande âme de Bossuet ce cri d'admiration : « Ah ! que François commence bien à faire profession de la folie de la croix et de la pauvreté évangélique (3) ! »
Le lendemain, le pieux pèlerin reprit la route de l'Ombrie et regagna promptement Assise. C'est là que Jésus-Christ l'attendait pour lui manifester clairement sa vocation ; car, par une condescendance rare, même dans la vie des saints, il daignait se faire lui-même le précepteur et le guide de François dans les voies spirituelles. L'heureux disciple, de son côté, ne consultait que ce maître des maîtres; et sachant qu'il n'est pas bon de révéler les secrets du grand Roi, il ne les dévoilait à personne, excepté toutefois àl'évêque d'Assise, son Père spirituel et le directeur de sa conscience.
1 . Légende des trois compagnons, c. m. — 2. Ibid. — 3. Panégyrique de saint François d'Assise.