CHAPITRE II
tesse exquise les prêtres indigents ; décorer les autels délaissés : voilà quelles étaient ses occupations et ses délices! Il était vraiment le père, le patriarche des pauvres, selon la belle expression de saint Bonaventure. En l'absence de son père, il chargeait la table de pains à l'heure des repas ; et comme sa pieuse mère lui demandait un jour : « Pour qui tant de provisions? — Mère, répondit-il avec un sourire angélique, c'est pour les pauvres de Dieu ; car je les porte tous dans mon cœur! » EtPica, heureuse et attendrie, attachait sur son fils des regards pleins de complaisance (1).
Cependant, toutes ces bonnes œuvres, si excellentes qu'elles fussent, ne réalisaient pas encore l'idéal qu'il s'était fait de la perfection chrétienne, et n'apaisaient pas sa soif de dévouement. Il donnait tout, il eût voulu se donner lui-même; mais où et comment?... Au milieu de ses perplexités, il conçut le projet de faire un pèlerinage au tombeau des Apôtres, dans le but de s'exercer à la vie de dénuement et de privation qu'il rêvait, ou peut-être dans l'espérance de recevoir de nouvelles lumières sur sa vocation. Il se rendit donc à la Ville éternelle, alla se prosterner sur le pavé de Saint-Pierre et y pria longtemps. S'étant relevé, il remarqua avec peine combien étaient chétives les offrandes des pèlerins pour l'achèvement de ce majestueux édifice. « Eh quoi! s'écria-t-il, la dévotion est-elle donc refroidie à ce point ? Comment les hommes ne s'offrent-ils pas eux-mêmes, dans un sanctuaire où reposent les cendres du Prince des