‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 45 sur 347 · CHAPITRE III. il · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. il

il sortit de la fosse, tout rayonnant d'allégresse, et reprit ses chants et ses prières (1).

Il alla frapper à la porte d'un monastère voisin, y demanda l'aumône et y demeura quelques jours, employé aux plus vils offices de la cuisine. De là il se rendit à Gubbio, où l'un de ses amis d'enfance, prenant en pitié sa misère et ses haillons, lui donna le costume ordinaire des ermites : une tunique courte, une ceinture de cuir, des souliers et un bâton. C'est sous cet habit de pénitence que nous allons le voir se dévouer au service des pauvres, des infirmes et surtout des lépreux.

Quoique la lèpre ait presque entièrement disparu de nos jours, cependant il ne sera pas sans intérêt de connaître ce qu'elle était au moyen âge chez les peuples chrétiens. Cette maladie hideuse, qui recouvre de pustules et d'écaillés sanglantes tout le corps de ses victimes, revêtait alors un double caractère : elle était à la fois contagieuse et sacrée; contagieuse, par suite d'un mystérieux arrêt de la justice divine; et sacrée, à cause du rôle symbolique qu'elle joue dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament. Isaïe n'avait-il pas représenté le Messie comme un lépreux frappé de Dieu et humilié ? Et le Messie luimême, durant sa vie mortelle, n'eut-il pas pour les lépreux la plus prévenante tendresse? Crainte et vénération, tels sont les deux sentiments dont s'inspirèrent ces siècles de foi. Le sentiment de répulsion qu'inspire naturellement la vue des plaies de ces infortunés faisait place à une sorte de dévotion qui se

Page 1