Thomas de Celano, Vita prima, p. I, c. vu
puisait aux divines clartés de la foi. On les appelait les malades du bon Dieu, les pauvres du bon Dieu. Les évêques avaient la charge de pourvoir à leurs besoins, et les regardaient comme le plus beau fleuron de leur couronne. Les fidèles, découvrant, eux aussi, sous leur visage ensanglanté l'adorable face du Rédempteur, ne passaient jamais à côté de leur hutte sans déposer une obole dans leur sébile et sans se recommander à leurs prières. Les barons et les nobles dames se faisaient gloire de panser leurs ulcères ; et, chose plus admirable encore! l'Église enfantait des légions de chevaliers et de vierges qu'elle mettait à leur service : les chevaliers de Saint-Lazare, qui avaient un lépreux pour grand maître, et les sœurs hospitalières de Saint-Jean de Jérusalem.
Cette dévotion « aux malades du bon Dieu » se répandit avec la lèpre elle-même, d'Orient en Occident. Toutefois, si populaire qu'elle fût au temps des croisades, le fils de Bernardone, avant sa conversion, éprouvait pour les lépreux une répugnance invincible ; leur seul aspect lui faisait horreur. Rien de plus admirable que de voir comment Notre-Seigneur se charge de le redresser et de l'instruire, et comment il finit par asseoir le règne de la grâce sur les ruines de la nature. Les premières communications divines remontent à l'année 1206. Peu de temps après la vision de Spolète et un an environ avant la scène du palais épiscopal, le saint jeune homme, étant en oraison, entendit la voix du Rédempteur qui lui disait : » Mon fils, si tu veux connaître ma volonté, il faut que tu méprises et que tu haïsses ce que tu as aimé et désiré selon la chair. Que ce nouveau sentier ne t'effrave