CHAPITRE IV
d'Assise. Morico appartenait à l'Ordre des Croisiers. Étant malade à l'hôpital Saint-Sauveur et sans aucun espoir de guérison, il eut la pensée de se recommander aux prières de François. Sa confiance ne fut point trompée. Le saint pria pour lui; puis trempant de la mie de pain dans l'huile de la lampe de Notre- Dame-des-Anges, il envoya deux de ses Frères lui porter ce remède en leur disant : « Portez ceci à notre cher frère Morico ; non seulement la puissance de Jésus-Christ lui rendra une parfaite santé, mais encore elle fera de lui un vaillant soldat qui entrera dans notre milice et y persévérera. » La prédiction s'accomplit en tout point.
Vers la fin du printemps (1209), le saint fondateur descendit avec sa petite troupe dans la vallée de Rieti. Il s'arrêta sur une roche isolée, en vue de Poggio-Buscone. Une grotte d'ermite qu'il y aperçut et qui était alors inhabitée, lui parut favorable à la méditation des vérités éternelles ; il en fit le lieu de son repos, et c'est là qu'il se retirait chaque soir avec ses Frères, après avoir été prêcher et demander l'aumône à Poggio-Buscone ou dans les environs. Or, un jour qu'il était en oraison sur cette roche, repas sant dans l'amertume de son âme les années de dissipation de sa jeunesse, il eut un ravissement où l'Esprit-Saint lui révéla deux choses également consolantes : l'entière et pleine rémission de tous les péchés de sa vie, et la prodigieuse extension de son Ordre. Le soir, quand les pieux missionnaires furent de retour, il leur dit d'un ton inspiré : « Prenez courage, réjouissez-vous dans le Seigneur. Que votre petit nombre ne vous attriste point ; que ma simplicité
et la vôtre ne vous alarment pas ; car Dieu m'a révélé qu'il dilaterait nos tentes jusqu'aux confins de la terre. Je voudrais taire ce que j'ai vu, mais la charité m'oblige à vous en faire part. J'ai vu une grande multitude venant à nous pour revêtir les mêmes livrées et mener la même vie. J'ai vu tous les chemins remplis d'hommes qui marchaient de ce côté et se hâtaient fort. Les Français accourent, les Espagnols se précipitent, les Anglais et les Allemands suivent de près ; toutes les nations s'ébranlent, et voilà que le bruit des pas de ceux qui vont et viennent pour exécuter les ordres de la sainte Obéissance, retentit encore à mes oreilles (1). » Ainsi chantait le prophète Isaïe, lorsqu'il annonçait sept siècles à l'avance l'établissement et la miraculeuse propagation de l'Église. L'analogie est frappante, et tous les historiens de l'Ordre l'ont signalée.
Pendant les quelques jours que François passa dans cet ermitage de Poggio-Buscone, une foule de visiteurs y accoururent, attirés par le parfum de sainteté qui s'en exhalait. L'un deux, touché de la grâce, demanda à s'enrôler dans la milice des pauvres de Jésus- Christ. C'était Philippe, surnommé le Long à cause de sa taille. Le saint fondateur en fit le septième de ses compagnons.
Après cette conquête, il les ramena à Notre-Damedes-Anges, pour les y former à la vie intérieure. Quels progrès ne devaient-ils pas faire à l'école d'un tel maitre ! Après l'esprit de prière et de sacrifice, il fit passer dans leur âme une étincelle du zèle apos-