‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 57 sur 347 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

robe de bure. Ils rencontrèrent en chemin une femme qui leur demanda l'aumône. François, se tournant vers Gilles, lui dit avec une expression angélique : « Frère, donnons à cette pauvresse, pour l'amour de Dieu, le manteau que tu portes. » Gilles le donna sur-le-champ, et il lui sembla voir cette aumône monter jusqu'au ciel. Le cœur inondé de joie, tous deux poursuivirent leur route, mendièrent dans la ville une étoffe grossière, et revinrent à Nofre-Dame-des-Anges. Gilles reçut l'habit des mains du saint fondateur, et lui abandonna dès lors complètement la conduite de son âme (1).

François, considérant la sainte Pauvreté comme la clef de voûte de son édifice, visa tout d'abord à endurcir le front de ses disciples contre une fausse pudeur. Il les envoya donc à Assise quêter de porte en porte; ils y reçurent plus d'outrages que d'aumônes, et leurs parents ne furent pas des derniers à les tourner en dérision. Lui-même alla trouver l'évêque, qui, effrayé de leur genre de vie, lui dit avec bonté : c 11 est trop dur, mon fils, de renoncera toute possession ! — Pour moi, répliqua le serviteur de Dieu, je trouve bien plus fâcheux encore de posséder quelque chose ; car on ne peut conserver son bien sans se créer une foule de soucis, de querelles et de procès ; quelquefois même il faut recourir aux armes pour le défendre, et tout cela éteint ordinairement l'amour de Dieu et du prochain. » La réponse plut au digne prélat, qui réitéra aux pauvres de

1. Chronique des vingt-quatre généraux ; — Barthélémy de Pise, éd. cit., col. G4.

Jésus-Christ l'assurance de sa paternelle protectionfl ) .

On comprend tout ce qu'exige d'énergie virile, d'esprit d'abnégation, un but si élevé au-dessus des données de la sagesse humaine. Les disciples ne le poursuivaient pas avec moins d'ardeur que le maître. Aussi François comprit-il dès la première heure qu'ils étaient capables de. tous les sacrifices et résolut-il d'employer leur zèle au profit des âmes. L'heure n'était-elle pas venue, pour ces nouveaux chevaliers du Christ, d'entrer en lice et de combattre à leur tour les bons combats du Seigneur? Il envoya donc dès les premiers jours demai Bernard etPierreenÉmilie, pendant qu'il se dirigeait lui-même avec Gilles vers la Marche d'Ancône (2). Cette première course apostolique servit à mettre en lumière tout l'héroïsme de leur vertu. Manquant de tout, bafoués par la populace, couverts de boue, ils s'estimaient heureux de souffrir pour le nom de Jésus-Christ. Toutefois ce ne fut qu'un essai; et au bout d'une dizaine de jours, ils rentrèrent dans leur solitude, pour se préparer dans le silence et la prière à de nouveaux combats.

Il n'était pas à craindre que les vocations manquassent ; le parfum qui s'échappait de Notre-Damedes-Anges était trop pur et trop suave pour n'y pas attirer une foule d'âmes éprises, comme François, de l'amour de Dieu et saintement avides d'humiliations. Avant la fin du mois, trois nouveaux disciples s'étaient rangés sous sa conduite : c'étaient Sabbatino, Morico (ou Maurice) et Jean de Capella, tous les trois

1. Légende des trois compagnons, c. ix. — Don Guirïo gouverna l'église d'Assise de 1206 à 1228. — 2. Légende des trois compagnons, c. ix.

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