‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 76 sur 347 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

vant voir le Bienheureux Gilles. Il se rendit à Pérouse sans se faire connaître, et vint le demander au couvent. Dieu révéla au Bienheureux quel était son auguste visiteur. Il descendit aussitôt au parloir; et les deux saints, comme s'ils eussent été liés de la plus ancienne et de la plus étroite amitié, se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, et restèrent longtemps ainsi sans échanger une seule parole. Le lendemain, comme les autres Religieux lui faisaient des reproches d'avoir si mal accueilli un roi de France : « Mes Frères, répliqua-t-il, la lumière divine nous a montré réciproquement nos cœurs avec bien plus de netteté et de consolation que si nous nous étions parlé; car la langue humaine est impuissante à redire les mystères de Dieu. «

Le Pape Grégoire IX était plein d'estime et de vénération pour le Frère Gilles. Se trouvant à Pérouse en 1239, il le fit venir près de lui et lui demanda son sentiment sur les devoirs du chef suprême de la catholicité. « Saint-Père, répondit le Bienheureux, gardez toujours purs les yeux de votre esprit, l'œil droit pour contempler les beautés de l'autre monde et les perfections de Dieu, l'œil gauche pour bien voir les choses de la terre qui sont confiées à votre sollicitude. * 11 poursuivit son discours, et le Souverain Pontife, suspendu à ses lèvres, admira les trésors de sagesse que Dieu avait versés dans l'âme d'un Frère simple et sans lettres.

Est-il rien de plus ravissant que de lire dans les auteurs contemporains la vie de ces hommes de Dieu? Et ne croirait-on pas retrouver une page, perdue depuis des siècles, de l'Évangile ou des Actes

des Apôtres ? Sur un signe de François, comme autrefois sur un signe du Sauveur, les disciples accourent. L'illusion est complète : même nombre, mêmes vertus, mêmes miracles dans ce nouveau collège apostolique que dans le premier. Rien n'y manque, pas même, hélas! la trahison de Judas ! Ce Judas était le sixième compagnon de François, et s'appelait Jean de Capella. Chargé du soin de distribuer aux Frères les aumônes reçues, il s'attacha peu à peu aux biens temporels, reprit les goûts du monde et perdit l'esprit de prière et de pauvreté. En vain le séraphique Père l'avertit du péril que courait son âme ; en vain il essaya, tantôt par des exhortalions paternelles, tantôt par de vertes réprimandes, de le ramener dans la voie de l'abnégation ; en vain il le menaça des châtiments du ciel. Jean n'écouta que sa passion. Alors, selon la prédiction du serviteur de Dieu, la justice divine éclata, prompte et terrible. Une lèpre affreuse couvrit tout le corps du coupable, le torturant nuit et jour. Il n'eut pas le courage de supporter cette épreuve : il quitta le saint habit de la pénitence, rentra dans le siècle, et se laissant aller au désespoir, il se pendit comme Judas. C'était en l'année 1212, comme nous le verrons plus tard. Une des pierres fondamentales de l'édifice venait de rouler dans l'abîme. A cette triste nouvelle, François, qui était alors à Rome, fut brisé de douleur ; à l'exemple du vieux patriarche Jacob, il ne voulait pas recevoir de consolations. Ses compagnons n'osaient lui parler, lorsqu'un nouveau postulant vint frapper à la porte : c'était un fils de la lointaine Angleterre. Son entrée dans l'Ordre coïncidait trop

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