‹ Saint François d'Assise (1182-1226) (volume 2)Chapitre 78 sur 347 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

que nous léguons comme un trésor à la piélé des générations futures. En voici deux que nous donnons comme exemples.

Par une froide journée d'hiver, ils se rendaient tous deux de Pérouse à Notre-Dame-des-Anges ; le Frère Léon marchait un peu en avant, absorbé dans sa méditation. Saint François l'appela : « Frère Léon, lui dit-il, plaise au ciel que les Frères-Mineurs donnent à toute la terre un grand exemple de sainteté! Néanmoins, chère brebis du bon Dieu, sache que ce n'est point là la joie parfaite. » Un peu plus loin, il reprit : « 0 Frère Léon, quand les Frères-Mineurs rendraient la vue aux aveugles, chasseraient les démons, feraient parler les muets ou ressusciteraient des morts de quatre jours, sache que ce n'est point là la joie parfaite. •» Plus loin encore : « 0 Frère Léon, si les Frères-Mineurs savaient toutes les langues et toutes les sciences, s'ils avaient le don de prophétie et celui du discernement des cœurs, sache que ce n'est point là la joie parfaite. » Et un peu plus loin : « Chère brebis du bon Dieu, si les Frères-Mineurs parlaient la langue des Anges, s'ils connaissaient le cours des astres, la vertu des plantes, les secrets de la terre, et la nature des oiseaux, des poissons, des hommes, des animaux, des arbres, des pierres et de l'eau, sache que ce n'est point là la joie parfaite. » Puis, à quelques pas plus loin encore : « 0 Frère Léon, quand même les Frères-Mineurs réussiraient par leurs prédications à convertir à la foi chrétienne tous les peuples infidèles, sache que ce n'est point encore là la joie parfaite. » 11 continua à parler ainsi l'espace de deux milles. Enfin, son com-

pagnon, étonné, lui demanda: « Père, je vous en prie au nom de Dieu, dites-moi donc en quoi consiste la joie parfaite. » Le saint répondit : « Quand nous arriverons à Notre-Dame-des-Anges, mouillés, transis de froid, mourant de faim, et que nous frapperons à la porte, supposons que le portier nous dise : « Vous êtes deux fainéants, qui courez le monde ! Vous êtes des voleurs d'aumônes, partez d'ici I » S'il nous laisse à la porte pendant la nuit, à la neige et au froid, et que nous endurions tout avec patience, sans trouble ni murmure, dans la pensée que le portier nous traite selon nos mérites et que tout cela nous arrive par la permission de Dieu, crois-moi, ô Frère Léon, c'est là une joie parfaite ! Et si, pressés par la nuit, le froid et la faim, nous supplions le Frère, les mains jointes et pour l'amour de Dieu, de nous laisser entrer dans le couvent, et que, sortant tout en colère, un gros bâton noueux à la main, il nous jette dans la neige et nous renvoie couverts de plaies; si nous supportons en paix tous ces mauvais traitements, dans la pensée que nous devons participer aux souffrances de notre béni Seigneur Jésus- Christ, crois-moi, ô Frère Léon, c'est bien là la joie parfaite! Car de tous les dons spirituels que l'Esprit- Saint répand dans les âmes, le plus excellent, c'est le don de se vaincre soi-même et de souffrir volontiers pour l'amour de Dieu(l). »

Un autre jour, dans les premiers temps de l'Ordre, saint François voyageait encore avec Frère Léon. N'ayant pas de livre pour réciter l'office canonial, i 1

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