Matth., c. xxv
lorsque vous mouriez de soif, épouse attentive, elle vous faisait présenter du fiel. Vous avez expiré dans l'ardeur de ses embrassements ; mort, elle ne vous a point quitté, ô Seigneur Jésus, et elle n'a pas permis à votre corps de reposer ailleurs que dans un sépulcre d'emprunt. C'est elle enfin qui vous a réchauffé au fond du tombeau, et vous en a fait sortir glorieux. Aussi l'avez-vous couronnée au ciel, et lui avez-vous remis le sceau du royaume céleste pour en marquer vos élus. Oh ! qui n'aimerait la dame Pauvreté audessus de toutes les autres? O très pauvre Jésus, la grâce que je vous demande, c'est de m'accorder le trésor de la très haute pauvreté; faites que le cachet distinctif de notre Ordre et de ma vie soit de ne jamais rien posséder en propre sous le soleil pour la gloire de votre nom, et de n'avoir d'autre patrimoine que la mendicité (1). »
Sous les dehors de cet âpre dénùment dont François se faisait le poète, se cache la vraie grandeur, la grandeur morale ; mais cette grandeur elle-même va directement à rencontre des plus violents instincts de la nature, qui sont en état de rébellion ouverte et constamment ligués j contre elle pour la battre en brèche. Le combat dure autant que la vie; la victoire est difficile, et le découragement toujours à craindre; et voilà pourquoi le saint fondateur ajoutait : « Tenez-vous en garde contre les défaillances, les surprises et les trahisons de la chair; elle est notre plus mortel ennemi. Au souvenir des maux passés, elle se plaint ; à la seule pensée des maux à venir, elle