‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 109 sur 189 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

partout acclamé comme un être exceptionnellement chéri de Dieu, subjuguant les peuples par ses miracles, se les attachant par sa bonté compatissante, et profitant d'une influence si légitimement acquise pour apaiser les querelles et transformer les mœurs farouches du moyen âge, voilà donc, on ne peut le nier, la note qui domine dans les pièces officielles de l'époque aussi bien que dans les chroniques de l'Ordre. C'est au même ordre d'idées que se rattache une légende qu'on relit toujours avec plaisir, la légende du Loup de Gubbio.

Gubbio, petite ville de l'Ombrie, située au nord d'Assise, sur la rampe escarpée des Apennins, à l'entrée des gorges rocheuses du mont Calvo, Gubbio tremblait devant un loup dont la taille, aussi bien que la férocité, était monstrueuse. Il ne s’attaquait pas seulement aux animaux; il dévorait aussi les enfants et les hommes. Les habitants étaient dans la consternation, et les plus hardis n'osaient plus s'aventurer sans armes en dehors des murs de la ville. Le Saint, touché de compassion, résolut d'aller trouver le loup. Il gravit la montagne sans crainte, mettant toute sa confiance en Dieu; et, suivi de loin par la multitude anxieuse, il s'avança vers le repaire du loup. Troublée dans son repos, la bête fauve s'élance d'un bond, la gueule béante, vers l'homme de Dieu. Celui-ci marche à sa rencontre, fait sur elle le signe de la croix, l'appelle à lui et lui dit d’une voix vibrante : « Viens ici, frère loup, et, au nom du Christ, ne me fais aucun mal, à moi ni à personne. »

Aussitôt le loup s'arrête, ferme la gueule et vient, doux comme un agneau, se coucher aux pieds du Saint. « Frère loup, poursuit François, tu as commis de grands crimes. Tu n'as pas seulement égorgé des animaux. Tu as poussé la cruauté jusqu à dévorer des hommes créés à l’image de Dieu. Tu mérites la mort! Tout le monde murmure contre

toi, ettues un objet d'horreur pour tous les habitants de la contrée. Mais, je le veux, frère loup, tu vas signer un traité de paix avec eux. Je sais que la faim est la seule cause detes crimes; promets-moi donc de mener une vie innocente ; et’ de leur côté, les habitants te pardonneront le passé et pourvoiront désormais à ta subsistance. Ÿ consens-tu? » Et le loup, baissant la tête, indique par ses mouvements quil accepte le contrat. |

Alors François revint vers la ville avec le loup, qui le suivait comme un chien suit son maître. Et comme toute la population était accouruc sur la place publique pour être témoin d'une scène si étrange, François, montant sur une pierre, harangua la foule en ces termes : « Mes frères, c'est en punition de vos péchés que le Seigneur a permis ce fléau. Mais, songez-y, si la gueule d'un pauvre animal, qui, après tout, ne peut tuer que le corps, a sufh pour jeter l'effroi dans votre ville et dans toute la contrée, combien plus ne devez-vous pas craindre cet abîme de l'enfer qui dévore éternellement ses victimes ! Ah! convertissez-vous, faites pénitence, et alors Dieu vous délivrera, non seulement de la rage d'un loup dans cette vie, mais encore des flammes éternelles après votre mort. » Après ce discours, le Saint demanda publiquement aux magistrats et à tous les habitants s'ils agréaient les conditions du traité de paix avec le loup, c'est-à-dire pour eux la promesse de le nourrir, et pour lui la promesse de ne nuire à aucune créature. Ils acceptèrent d'une voix unanime ; le loup, de son côté, pour attester et ratifier ses engagements, posa sa patte dans la main de Francois. À cette vue, l'admiration ne connut plus de bornes; des acclamations enthousiastes, bruyantes comme les flots de la mer, s'échappèrent de toutes les poitrines. Puis la foule se dispersa, en louant et bénissant Dieu de lui avoir envoyé Francois, qui, par ses mérites, l'avait

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