‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 108 sur 189 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

grand signe de croix; il en guérit un autre de l'épilepsie, en lui faisant appliquer sur la poitrine un parchemin sur lequel il avait écrit une prière. Ces deux adolescents revêtirent plus tard la bure franciscaine. |

François, après avoir pris congé du peuple bolonais, alla tout d'abord présenter ses hommages au cardinal Hugolin, envoyé comme légat en Lombardie; puis il se rendit au couvent de Sainte-Croix, occupé par les Frères Mineurs. Quelle ne fut pas sa surprise, quand il se trouva en face d'une belle et vaste maison! Son mécontentement augmenta encore, quand il apprit que Jean de Stracchia, Provincial de Bologne, y avait ouvert, sans le consulter, un cours de théologie et d'éloquence sacrée. Indigné de cette double infraction à la discipline régulière, il réprimanda vertement le coupable : « Quoi donc! s'écria-t-il, c'est là la demeure des pauvres évangéliques! Des Frères Mineurs logent dans ce palais! Pour moi, je ne reconnais pas cette maison pour nôtre; et ceux qui l'habitent, je ne les regarderai pas comme mes Frères. Cest pourquoi je vous commande, au nom de l'obéissance, d'en sortir au plus vite. » Les religieux lui obéirent sans répondre un mot; les malades eux-mêmes, parmi lesquels se trouvait Thomas de Celano, le narrateur du fait, furent transportés ailleurs. Mais le cardinal Hugolin, étant survenu, finit par apaiser la colère du Saint, en lui disant: « Mon fils, n'aie point de scrupule d'accepter cette maison; il faut pour les infirmes un peu plus d'air et d'espace; et quant à la propriété, elle reste au donateur et à la sainte Église romaine.» Le conseil était sage; François le suivit, et faisant taire ses répugnances, il pardonna aux infracteurs repentants, et leur permit de rentrer dans le monastère (1). Toutefois,

(1) Tu. ne CELaxo, Vita secunda, p. 3, c. 1v. — Cf. Waonix

il refusa d'y passer la nuit, et alla prendre un peu de repos au couvent des Frères Prêcheurs, afin que la leçon portât ses fruits. « Une indulgence qui favoriserait le crime, disait-il, ne serait point de l'indulgence, mais de la complicité. Je ne veux point autoriser par ma présence la faute qu'on a commise contre la sainte pauvreté. » Quant à l'école de théologie, il la ferma, et il défendit formellement au Provincial de la rouvrir sans sa permission (1).

Le lendemain, ayant dit adieu à son ami saint Dominique, il reprit le chemin d'Assise, pour y présider le Chapitre général. C'était le soldat rentrant sous la tente, après dix années de luttes et de victoires. Ici se termine, en effet, à proprement parler, sa vie militante, sa vie apostolique. Il ne sortira plus guère du couvent, à cause de ses nombreuses infirmités ; et les quelques années qu'il lui reste encore à passer dans l'exil de ce monde scront partagées entre la contemplation, les besoins de son Ordre et la souffrance.

Nous l'avons suivi dans ses longues pérégrinations à travers l'Italie, l'Espagne et l'Égypte, de 1209 à 1220; nous avons assisté à ses triomphes, les plus nobles qu'un homme puisse remporter, puisque là où il plantait le drapeau de la Croix, c'était le règne de la vérité et de la vertu qu'il rétablissait. Nous n'y reviendrons pas. Nous préférons en chercher la cause, qui est signalée en passant dans un document contemporain, dans un diplôme émané du municipe de Poggi-Bonzi, portant la date de 1220 et commençant par ces mots : « Nous accordons à un homme du nom de François, que tout le monde vénère comme un Saint, une maison pour qu il y établisse des religieux de son Ordre (2). »

Cette déclaration des magistrats de Poggi-Bonzi est-elle autre chose qu'un écho de l'opinion publique ? François

(1) Wannixc, t. ], p. 339.

(2: Wappixc, ad ann. 1220.

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