‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 114 sur 189 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

point sous peine de péché, et n'a d'autre sanction que l'amour.

Elle fut accueillie non seulement avec faveur, mais avec un véritable enthousiasme. « Le monde se peupla de jeunes filles, de veuves, de gens mariés, d'hommes de tout état qui portaient publiquement les insignes d’un Ordre religieux et s’astreignaient à ses pratiques dans le secret de leurs maisons. L'esprit d'association qui régnait au moyen âge, et qui est celui du christianisme, favorisa ce mouvement. De même qu'on appartenait à une famille par le sang, à une corporation par le service auquel on s'était voué, à un peuple par le sol, à l'Église par le baptême, on voulut appartenir par un dévouement de choix à l'une des glorieuses milices qui servaient Jésus-Christ dans les sueurs de la parole et de la pénitence. On revêtait les livrées de saint Dominique ou de saint François; on se greffait sur l’un de ces deux troncs, pour vivre de leur sève, tont en conservant encore sa propre nature; on fréquentait leurs églises, on participait à leurs prières, on les assistait de son amitié, on suivait d'aussi près que possible la trace de leurs vertus. On ne croyait plus qu'il fallût fuir du monde pour s'élever à l'imitation des Saints ; toute chambre pouvait devenir une cellule, et toute maison une Thébaïde (1). »

Le Tiers Ordre séraphique venait de naître, et déjà la voix du peuple, se faisant l'écho de la voix du Vicaire de Jésus-Christ, proclamait que c'était l'œuvre du Très-Haut et le fruit le plus suave du zèle de saint François. Son histoire, sous le rapport religieux et social, forme assurément une des plus belles pages de l'histoire du moyen âge.

Il se propagea avec la rapidité de la flamme qui dévore une forêt. Il franchit les montagnes et les mers, s'étendit

(1) Vie de saint Dominique, par LACORDAIRE, ch. xvi.

jusqu'aux extrémités de l'empire chinois, et contribua puissamment à la rénovation du treizième siècle. Plus tard, il pénétra dans le nouveau monde avec les premiers Franciscains qui accompagnaient Christophe Colomb. Enfin, depuis son origine jusqu à nos jours, il n'a cessé de produire, sous tous les climats et à tous les degrés hiérarchiques de la vie humaine, à l’envi des déserts et du cloître, une admirable floraison de Saints; et cette fécondité est le principal motit qui a déterminé les Souverains Pontifes à faire pleuvoir sur lui l’abondante rosée de leurs faveurs spirituelles.

De l’innombrable phalange de héros et de Saints qui l'ont illustré, le premier, en suivant l'ordre chronologique, est ce Luchesio dont nous avons raconté la conversion et à qui Dieu accorda le don des miracles et celui de l’oraison jusqu'à l’extase (1); mais le plus célèbre est sans contredit Louis IX : Louis IX qui partout sut commander le respect et l'admiration, sous le chêne de Vincennes en rendant la justice, à Damiette en refusant la couronne offerte par les Musulmans, à Tunis en mourant sur la cendre, et mérita de devenir le patron des Frères du Tiers Ordre franciscain (2). |

Plusieurs Souverains Pontifes : Grégoire IX, Jules I, Léon X, Paul V, Innocent XII, Pie VI et Pie IX, auxquels il faut joindre Sa Sainteté Léon XIIL, actuellement régnant, unirent à l'éclat de la tiare les livrées de la pénitence; des rois et des empereurs, comme Michel Paléologue, Rodolphe de Habsbourg; Louis VIIT, père de saint Louis; saint Ferdinand, roi de Castille; Charles-Quint, Philippe II et Philippe IIL, rois d'Espagne; Béla IV, roi de Hongrie; Jagellon, roi de Pologne ; Jean, roi d'Aragon; Charles IV, roi de

(4) Luchesio mourut le 28 avril 1241 et fut béatifié par Pie VI. (2) On conserve au musée du Louvre une médaille représentant le saint Roi sous les livrées de la pénitence.

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