‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 115 sur 189 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Bohême ; Charles IL et Robert, rois de Sicile et de Jérusalem; Amédée VII, duc de Savoie; d'opulents seigneurs, comme saint Elzéar de Sabran et saint Roch de Montpellier ; des prêtres et des évêques, comme saint Yves, saint Charles Borromée, saint François de Paule, saint Ignace de Loyola, saint Vincent de Paul, M. Olier, le cardinal de Bérulle: et de nos jours, le curé d'Ars, Mgr de Ségur, don Bosco, Mgr Freppel et le cardinal Alimonda, s'inscrivirent également parmi les Tertiaires (1). Les uns et les autres se faisaient gloire de porter les livrées franciscaines, et le cardinal Alimonda n'était que leur interprète, lorsque, à l'occasion des fêtes du septième centenaire de saint François, il professait ainsi publiquement sa tendre vénération pour celui qu'il nommait son père et son modèle (2) : « Je ne cesse de bénir le jour où j'ai ceint la corde du Patriarche d'Assise. Tout jeanc encore, je me sentais déjà attiré vers ce grand serviteur de Dieu, quand ma pieuse mère me parlait de lui. Je l'aimais parce qu'on me le dépeignait épris d'amour pour tout ce qui charmait mon enfance : le printemps, les fleurs, les oiseaux, les petits oiseaux auxquels il préparait leur nourriture sur le toit de son couvent, et les gémissantes tourterelles qui accouraient, dociles à son appel, se poser familiérement dans ses mains. Mon admiration ne fit que croître avec l'âge, et lorsque je me destinai au sanctuaire, saluant dans saint François l'ami des petits et des faibles, le défenseur des opprimés, le consolateur de ceux qui souffrent, le héraut de l'Évangile, l'apôtre intrépide qui, les pieds nus posés sur les remparts chancelants de la patrie, cherchait à lasauver, je le pris pour modèle. Aujourd'hui que les clameurs et les sarcasmes de la libre pensée retentissent à mes oreilles, je ne dédis point mes premières bénédic-

(1) Consulter les Gloires du Tiers Ordre.

(2) Discours du # octobre 1882.

tions et n’ai point honte d'appartenir au Tiers Ordre. Tout au contraire, je m'en fais gloire; car je vois que ses membres m'invitent à prendre mon vol, — avec une plus ferme assurance de la protection divine, — vers tout ce qui est grand, verstout ce qui est beau et avantageux à mes contemporains. Avec Volta et Galilée, je puis traiter des sciences expérimentales; avec Chistophe Colomb, courir à la recherche des rivages inconnus; avec Raymond Lulle, aborder les plus hautes sphères de la philosophie; avec Cimabué et Giotto, Michel-Ange et Raphaël, manier l'ébauchoir et le pinceau ; avec le Dante, cultiver la poésie et célébrer ce pasteur admirable dont la vie se chanterait mieux parmi les gloires du ciel (A). »

Le cardinal Alimonda nous découvre ici, en passant, une des faces les plus brillantes de l'institution franciscaine : nous voulons dire l'empressement, le saint enthousiasme avec lequel la science et le génie s’inclinèvent devant la sainteté. Raphaël, Murillo, Pétrarque, Galvani, Christophe Colomb, Lope de Véga, Cervantès, Ferdinand Gaillard, le rénovateur de la gravure au dix-neuvième siècle, — pour ne citer que les noms les plus célèbres, — tous ces grands hommes ne furent pas seulement, en effet, des croyants; le Séraphin d'Assise les compta parmi ses disciples. Et la tunique du Tertiaire, sous laquelle ils avaient combattu, fut . aussi le glorieux linceul dans lequel ils voulurent être ensevelis, persuadés, non sans motif, que le jugement de Dien leur serait alors plus doux, et que la foudre, qui n'épargne pas les lauriers de l'artiste et du poète, respecterait le vêtement du pauvre.

Mais nulle part le Tiers Ordre n'excita plus d’enthousiasme que parmi les femmes. Trop souvent déçues dans

(1) Paradis, chant xt.

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