‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 122 sur 189 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

ne le comptera pas parmi les fidèles, mais on le reconnaitra pour le Pasteur universel, et nos Frères auront une grande joie de vivre à l'ombre de son autorité (1). » Quarante ans après, Jean des Ursins était nommé Cardinal protecteur des Franciscains, et en 1277 il montait sur le trône pontifical sous le nom de Nicolas III. Ainsi se vérifiait la prophétie de notre Saint.

Avant de se séparer du séraphique Père, le patricien désira être agrégé à sa famille spirituelle, et il fut tout heureux de recevoir de ses mains l'habit de la pénitence. Son entrée dans le Tiers Ordre fit éclat, et son exemple attira dans la nouvelle milice plusieurs personnages de distinction.

De Rome, notre Bienheureux se rendit à Subiaco pour visiter la grotte de saint Benoit, l'illustre fondateur de la vie monastique en Occident. On lui montra le buisson épineux où six siècles auparavant, dans une tentation semblable à la sienne, saint Benoît avait amorti le feu de la concupiscence. Considérant ces ronces comme une sorte de lit triomphal où avait brillé l'héroïsme de ce vaillant athlète, il les baisa avec respect, y greffa deux rosiers, fit dessus le signe de ta croix, et sous sa bénédiction les rosiers fleurirenut. Ils subsistent encore de nos jours comme un témoin séculaire de la vertu des deux grands Patriarches et un symbole vivant de la défaite du démon. Des fresques antiques et un autel dû à la munificence de Grégoire IX rappellent le passage du thaumaturge ombricn.

De là, il vint à Gaëte, port antique et célébre où le Ciel autorisa sa mission par un prodige dont toute la ville fut témoin. Il préchait sur la place publique, en face de la rade, et la foule s’attroupait autour de lui pour toucher

(4) Waopixc, t. II, p. 35. — Cf. BernanD DE BESSE, ms. de Turin.

La

le bord de ses vêtements; pour échapper à ces démonstrations importunes, il monta seul dans une barque. Au graud étonnement de tous, la barque s'éloigna du rivage sans effort de rame, et comme si elle eût obéi au bras d'un pilote invisible; puis elle s'arrêta, immobile au milieu des flots, pour permettre au Saint de continuer sa prédication, et revint d'elle-même au rivage après la fin du discours, pendant que la multitude s’écoulait lentement, silencieuse et ravie d'admiration. Qui donc, s'écrie à ce propos saint Bonaventure (1), aurait eu le cœur assez dur, assez obstiné dans l'erreur, pour mépriser la doctrine d'un apôtre auquel les créatures inanimées elles-mêmes se soumettaient avec empressement, comme si elles eussent eu conscience de son autorité ?

Gaëte, Capoue, Amalfi, Montella, Lecce, Bari et vingt autres villes remuées par sa parole voulurent avoir des maisons de sou Ordre. Il fit droit à leur requête, persuadé qu'étendre sa famille spirituelle, c'était travailler de la manière la plus efficace à la réforme des mœurs ct au relevement de sa patrie.

Son excursion dans le midi de la Péninsule avait duré de six à sept mois. Dans le même temps, les ouvriers évangéliques qu'il avait dispersés sur la surface de l'Europe fécondaient de leurs travaux et de leurs sueurs le sol qui leur avait été assigné. C'était Jean Parent en Espagne, Zacharie en Portugal, Césaire en Allemagne, Pacifique, Bonelli et Christophe en France, Ange de Pise en Angleterre. À la fin du volume, nous jetterons un coup d'œil sur l'ensemble de leurs succès ; mais il nous semble à propos, auparavant, d'étudier la Règle qui fut le principe et l’âme de leur apostolat.

(4) C. xu

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