CHAPITRE XIV
Il ressort de ces témoignages autorisés que la Règle séraphique est le fruit d'une inspiration céleste. Le saint Patriarche renouvelle dans son testament la même affirmation, et plus d'une fois, dans les trois dernières années de sa vie, il se servit de ce motif pour exhorter ses frères à porter avec amour les chaînes volontaires qu'ils s'étaient imposées. « Béni soit le Religieux qui s'attache à la Règle! Car elle est le livre de vie, l'espérance du salut, la moelle de
Le pape Honorius 111 approuve la Règle des Frères Mineurs. (D'après Giotto.
l'Évangile, le chemin de la perfection, la clef du Paradis, le nœud d'une alliance éternelle. Portez-la dans votre cœur, tous, toujours, partout; et que rien ne vous cn sépare, ni la vie ni la mort. Alors, elle sera le plus éloquent mémorial des serments de votre profession et votre meilleure consolation dans les jours mauvais de votre pèlerinage terrestre (1). » En prononçant ces paroles, ajoute le biographe qui les rapporte, le ton du Patriarche d'Assise était si pénétrant, qu'un de ses auditeurs, un simple Frère lai,
(1) Tu. DE CeLano, Vita secunda, p. 3, c. cxxxv.
martyrisé plus tard par les Sarrasins, voulut mourir la Règle à la main (1).
Sublimes sont donc les origines de la Règle; sublimes en sont aussi les prescriptions, qui tendent à la consommation de la charité par la consommation du sacrifice.
Ce fut probablement dans le courant de la même année 1223, et peu de temps après la vision des miettes de pain, que le vénérable fondateur obtint du Saint-Siège qu un Cardinal protecteur fût chargé des intérêts spirituels de l'Ordre; voici à quelle occasion et dans quelles circonstances. À la mort de l'illustre cardinal Jean de Saint-Paul, les demi-chrétiens, comme il s’en trouve à toutes les époques de l’histoire, ceux qu'effrayait la hardiesse du réformateur, relevérent la tête, et, à force d'intrigues, ils réussirent à gagner à leur cause plusieurs membres de la cour pontificale. A la nouvelle de ces trames et de ces sourdes machinations, si opposées à son caractère franc et loyal, le fils de Bernardone éprouva une peine profonde, ' et il ne put s'empêcher d'exhaler ses plaintes amoureuses devant le divin Maître. Celui-ci daigna le consoler en lui indiquant, à la fois, dans un songe mystérieux, le mal et le remède. Francois vit durant son sommeil une poule noire, aux pattes de colombe (2), qui s'efforçait vainement de rassembler sous ses ailes ses nombreux poussins pour les défendre de l'attaque d'un milan, elle ne pouvait les couvrir tous, et plusieurs, prenant leurs ébats autour d'elle, étaient en grand péril. Mais voici qu'au-dessus d'elle vint se placer un autre grand oiseau qui protégeait, de ses larges ailes, la poule et les poussins. À son réveil, le Saint pria naïvement Notre-Seigneur de lui expliquer le sens de cette allégorie, et il apprit que la poule aux pattes de colombe et les poussins représen-
(1) Ta. pe CELaxo, Vita secunda.
(2) Tres socii, c. xvi.