‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 141 sur 189 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

comprend combien un tel oratoire, ayant pour piliers les troncs vigoureux d'un hêtre séculaire, pour ogives les branches entrelacées de l'arbre, pour parure uu feuillage aux mille nuances, doré par le soleil couchant, pour tapis le gazon émaillé de renoncules d'or et de polygalas bleus, et laissant une échappée sur l’azur du ciel, devait plaire à un esprit contemplatif comme celui de François d'Assise. Le soir, quand vint l'heure du départ pour le comte Orlando, notre Bienheureux le remercia en termes chaleureux de sa visite et de sou dévouement, et le bénit, ainsi que tous les travailleurs. Au momentdu dernier adieu, le gentilhomme, prenant les Religieux à part, leur dit : « Je ne veux pas que, sur cette montagne sauvage, les nécessités de la vie vous empêchent jamais de vous livrer tout à votre aise à la méditation des choses célestes. Je veux, et je vous le dis une fois pour toutes, je veux que vous veniez chercher dans ma maison tout ce dont vous aurez besoin. Si vous agissiez autrement, j'en éprouverais beaucoup de peine. » Il dit, et il descendit l'Alverne avec ses hommes pour regagner le château de Chiusi (1).

Après sou départ, Léon, Rufin, Ange et Masséo vinrent s asseoir sur la mousse, auprès de leur Bienheureux Père, pour recevoir ses instructions. Depuis longtemps déjà, le soleil avait disparu derrière la cime des Apennins; les étoiles scintillaient au firmament, et envoyaient à la terre leurlueur vacillante; une brise légère s'était élevée et rafraîchissait les visages; les bruits du monde venaient s'éteindre au pied de la montagne. Ici, l'âme se sentait plus près de Dieu. Les Frères gardaient le silence, comme s'ils eussent craint de réveiller les échos de la montagne ou de troubler l'oraison de leur Père. Enfin, celui-ci prit la parole : « Mes Frères, leur dit-

(1) Fioretti, deuxième considération sur les stigmates.

il, ne faites pas trop de fond sur la généreuse proposition du seigneur Orlando, de peur de porter atteinte à votre vœu de pauvreté. Soyez sûrs que si vous êtes de vrais pauvres, le monde aura compassion de vous. Si vous embrassez étroitement la sainte pauvreté, on vous fournira libéralement le pain de chaque jour, au lien que si vous vous en écartez, on vous délaissera. N'est-ce pas Dieu qui vous a appelés à cette forme de vie pour la conversion des peuples ? Et dès lors, n'y a-t-il pas comme un pacte implicite entre vous et lui, qui oblige également les deux parties contractantes? À vous donc d'offrir aux peuples le pain de la vérité et le spectacle de vos vertus; aux peuples, qui sont ici les mandataires de Dieu, de vous donner en échange le pain matériel. Soyez fidèles à remplir vos obligations, et gardez la pauvreté évangélique, parce qu'elle est la perfection et le gage des richesses éternelles (1). »

Les cellules des Frères, n'étant que de feuillage, ne pouvaient les protéger suffisamment contre l'intempérie des saisons; d'ailleurs, ils n'avaient point d'habitation convenable pour y loger le Dieu de l'Eucharistie. Le saint Patriarche songea donc à bâtir une église et un petit couvent; et dès qu Orlando revint sur la montagne, il lui fit part de ses desseins. Le comte les approuva; il amena, peu de jours après, quelques ouvriers des environs, et fit exécuter le plan tracé par le Saint.

Pendant qu'on travaillait à cette construction, François parcourait la montagne dans tous les sens, recherchant de préférence les endroits les plus favorables à la contemplation. Bientôt il se trouva en face de roches granitiques aux larges déchirures, dont il ne pouvait s'expliquer l'origine. Selon son habitude, il.eut recours à Celui pour qui la nature

(4) Fioretti, deuxième considération sur les stisimates. CF. Tu. De CeLaxo, Vita secunda, p. 3, c. xvi.

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