‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 140 sur 189 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

chargés de le protéger contre les indiscrétions des visiteurs, et que Thomas de Celano (1) désigne suffisamment par leurs qualités respectives : Léon, Rufin, Ange et Masséo. « Mon fils, dit-il à Masséo, tu seras notre supérieur pendant tout le voyage. En chemin, nous garderons les usages du couvent, en récitant l'office divin, observant le silence et nous confiant à la garde de la Providence pour le gite et le couvert. » Les trois Religieux inclinèrent la tête, et Masséo prit la direction de la petite troupe. La première nuit se passa dans un couvent de l'Ordre. La deuxième nuit, le mauvais temps et la fatigue obligèrent nos voyageurs à chercher un abri dans une des églises de Capraro, au pied de l’Alverne. Là, les quatre compagnons du Saint s’endormirent d'un profond sommeil. François seul demeura en prière ; mais il eut à subir un terrible assaut de la part des démons. Ces malins esprits, furieux de voir qu'il ruinait leur empire, lui apparurent sous des formes effrayantes, se précipitérent sur lui, le frappèrent à coups redoublés et le laissèrent à demi mort sur le pavé. Au plus fort du combat, François, semblable au soldat qui se bat vaillamment sous les yeux de son capitaine, tenait son cœur élevé vers l'invisible Roi des siècles. « O Seigneur Jésus, s'écria-t-il, je vous rends grâces pour tous vos bienfaits, et particulièrement pour celui-ci, qui m'est un gage manifeste de votre amour. Vous punissez mes péchés en ce monde, pour m'épargner dans l'autre. Mon cœur est prêt à souffrir mille fois plus, si c'est votre sainte volonté (2). »

Le lendemain matin, François se trouvait réduit à un tel état de faiblesse qu il ne put continuer le voyage à pied. Ses compagnons allèrent au village voisin, et rencontrèrent

(1) Vita secunda, p. 2, c. 11.

(2) Tu. pe CELao, Vita secunda, p. 3, c. Lxtit; et Fioretti, loc. cit.

un brave laboureur qui leur prêta volontiers son âne pour leur Bienheureux Père et se joignit à leur compagnie. On se remit en route; le saint Patriarche ouvrait la marche, assis sur sa paisible monture; le paysan ct les Frères le suivaient à quelque distance. Tout en gravissant les premiers mamelons de la montagne, le paysan dit à François : « Père, dites-moi la vérité, êtes-vous vraiment ce François d'Assise dont on parle tant? — Oui, répondit le Saint. — Eh bien! reprit cet homme, croyez-moi, appliquez-vous à être aussi bon que les gens le disent, afin qu'ils ne soicnt pas trompés dans leur confiance. » Charmé de tant de simplicité, l'humble François descend de sa monture ct lui baise les pieds, en le remerciant de son bon conseil; puis il remonte sur son âne (1).

Cependant, à mesure que l'on avançait dans les gorges sinueuses de l'Alverne, la montée devenait plus rapide, le sentier plus abrupt, le soleil plus brûlant. Le paysan, exténué de soif et de chaleur, s'écria tout à coup : « Je n’en puis plus! Je me meurs, si je ne trouve à boire. » Mais il n y avait pas une goutte d'eau dans ce désert. François eut pitié du pauvre laboureur, et, les bras tendus vers le ciel, il se mit à implorer le secours de la Providence, avec cette pleine confiance qui est le plus sûr garant du succès. N'estil pas écrit que Dieu est un père, le meilleur et le plus tendre des pères, et qu'il s'incline aux moindres désirs de ceux qui l’aiment? Bientôt, sentant que sa prière était exaucée, le Bienheureux se tourna vers le paysan, et lui dit en lui montrant du doigt un bloc de pierre : « Vois-tu cette roche? Vas-y; tu trouveras une source limpide que le Sauveur, dans sa miséricorde et sa bonté pour toi, vient d'en faire jaillir pour te désaltérer. » Cet homme crut à la

(4) Fioretti, première considération sur les stipimates.

Comment saint Francois, montant à l'Alverne, fit jaillir une source pour apaiser

la soif de son guide. (D'après Giotto.)

parole du Saint; il le regardait comme un nouveau Moïse tout-puissant sur le cœur de Dieu. Il courut à l'endroit indiqué, et y trouva, en effet, une eau fraiche et délicieuse. Lorsqu'il eut étanché sa soif, la fontaine miraculeuse cessa de couler et disparut pour toujours (1).

Nos voyageurs attcignirent enfin la crête de la montagne, et le bonheur d’être arrivés leur fit oublier les fatigues de l'ascension. François s'assit sous un hêtre aux rameaux touffus, et, contemplant de là l'immense panorama qui se déroulait sous ses yeux, il fut ravi de la beauté du site. La solitude de l'Alverne lui plut; l'austère majesté des montagues l'enchanta. Au même moment, une nuée d'oiseaux s'abattirent autour de lui, voltigeant sur sa tête, sur ses mains, sur ses épaules, et lui souhaitant la bienvenue par leurs cris et leurs battements d'ailes. Quoique habitué à leurs caresses, il fut tout émerveillé de ce spectacle, et dit à ses compagnons : « Je vois qu'il nous faut rester ici, puisque notre arrivée cause tant de joie à nos frères les oiseaux (2). »

Orlando, ayant appris que Francois était sur les hauteurs de l’Alverne, y accourut en toute hâte, accompagné de ses hommes d'armes et muni des provisions nécessaires. Il trouva les Religieux en prière. Le saint Patriarche se leva aussitôt pour aller au-devant de son noble visiteur, et le conduisant sous un très beau hêtre, à un jet de pierre environ des cellules des autres Frères : « Merci, lui dit-il, de nous avoir fait don de cette sainte montagne! Et maintenant, si vous voulez mettre le comble à vos bienfaits, construisezmoi une petite cabane faite de branchages et qui ait pour voûte Îles rameaux de cet arbre. » Le comte donna immédiatement ses ordres pour satisfaire au désir du Saint. On

4) Tu. DE CEcaxo, Vita secunda, p. 2, e. xv; et Boxav., ce. vir. (2) Boxav., c. vit.

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