‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 143 sur 189 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Quelques jours après, un Ange apparut assis sur le bloc de pierre où le Saint prenait son repas, et il s'entretint familièrement avec lui, comme un ami avec son ami. À Îa suite de cette vision, François, tout pénétré du sentiment de la

majesté divine, appela le Frère Rufin et lui dit : « Il faut

laver cette pierre sanctifiée par la présence d'un Ange et l'oindre d'huile (1). » Et aussitôt, ajoutent les Fioretti (2), le saint Patriarche, à l'exemple de Jacob, consacra cette pierre au Seigneur, en y versant del'huile et en prononçant ces paroles : « Vraiment, c'est ici l'autel de Dieu! » Cette pierre est exposée à la vénération des peuples dans un oratoire dont elle fait le seul ornement.

L'apparition de l’Ange fut accompagnée d'importantes révélations dont le Bienheureux emporta le secret dans la tombe. Il fit seulement connaître trois promesses relatives à l'avenir de sa famille spirituelle : promesses inoubliables et trop consolantes pour que nous n en donnions pas le texte authentique, tel que nous le recueillons des lèvres du Frère Léon, l'heureux dépositaire de cette confidence. Le saint Patriarche lui dit: « Voici trois promesses que le Seigneur m'a faites. Notre Ordre subsistera jusqu à la fin des temps, dégagé de la scorie des scandaleux qui n'y pourront persévérer. Ses persécuteurs ne vivront paslongtemps. Enfin, de ceux qui l’aimeront sincèrement, aucun ne sera damné(3).» Ne croirait-on pas entendre un écho lointain de la voix puissante de Jéhovah appelant Abraham et lui disant : « Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront. »

La première des trois promesses divines, cet air de

(1) Tu. Ecccesrox, coll. xuir (déposition du Frère Léon devant le Frère Pierre, provincial d'Angleterre).

(2} Troisième considération sur les stigmates.

(3) « Multa revelata..… Et dixit ei (Leoni) quod Ordo suus duraret usque ad finem mundi et nullus malæ voluntatis diù durare posset in Ordine, et quod

radieuse jeunesse imprimé au front de l'institut séraphique, cette bénédiction s'étendant aux âges les plus reculés, une pareille fayeur ne pouvait échapper à l'attention de notre vieux chroniqueur, d'ordinaire si bien renseigné, Thomas de Celano. Il l'a consignée, en effet, dans sa seconde légende. Voici les paroles quil place dans la bouche de Notre-Seigneur : « François, ton Ordre subsistera jusqu'à la fin des temps, renfermant dans son sein quelques hommes d'une vertu héroïque, à côté de beaucoup d'imparfaits. Et que cette pensée ne te trouble pas; car l'éclat jeté par les premiers fera oublier les autres, comme le soleil, en montant à l'horizon, dissipe les vapeurs du matin (1). »

Une seconde apparition suivit de près celle de l'Ange. Le Frère Léon, étant venu vers minuit frapper à la porte de François, et n'entendant point de réponse, eut la curiosité de s’avancer et de regarder à travers les planches de la porte ce qui se passait. O prodige! La grotte était inondée d'une clarté céleste. François était à genoux, les bras croisés sur la poitrine, selon sa coutume. Un vif rayon de lumière, tombant du ciel, éclairait son front ; et ses yeux étaient fixés sur un êtreinvisible dont ils ne pouvaient se détacher,comme s'ils eussent rencontré Celui qu'il chantait dans ses vers. Le Maître et le serviteur échangeaient quelques paroles; mais le Frère Léon ne pouvait saisir le sens de ce divin dialogue. Il remarqua seulement que le Saint répétait de temps à autre : « Qui êtes-vous Seigneur, et qui suis-je? » Puis il le vit se relever, mettre la main dans sa poitrine, à trois reprises différentes, ct l'étendre chaque fois vers la flamme mystérieuse. Après quoi les voix se turent,

nullus odiens Ordinem diùu viveret, et quod nullus veraciter amans Ordinem suum, malum finem haberet.» (Déposition du Frère Léon, apud Tu. Ecccesrtox, coll. x111.) |

(4) Vita secunda, p. 3, c. xciv. ,

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