‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 147 sur 189 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

prodiges pour attester la réalité et l'origine de ces mystérieuses blessures.

« François avait beau tenir ses mains toujours couvertes

LL \\\ l |

| AG@USMAN

SAINT FRANÇOIS PORTANT LES MARQUES DE LA PASSION DU SAUVEUR. (Fresque du quatorzième siècle.)

et marcher avec des chaussures, il ne pouvait parvenir à celer entièrement les trésors du ciel. Un grand nombre de Frères, plusieurs Cardinaux et le pape Alexandre IV luimême ont affirmé, sous la foi du serment, avoir vu de leurs propres yeux les vénérables stigmates du Saint, pendant

qu'il vivait encore. À sa mort, plus de cinquante Frères, l'ilustre vierge Claire avec ses sœurs, et d'innombrables séculiers, y ont pieusement collé leurs lèvres et les ont touchés de leurs mains, afin que rien ne manquât à la force de leur témoignage.

« Quant à la blessure du côté, Francois la cacha si bien, que, de son vivant, nul ne put la voir qu'à la dérobée. Un Frère, qui lui rendait des soins assidus, le pria un jour de quitter sa tunique, sous prétexte de la laver; grâce à cette pieuse industrie, il vit et considéra la plaie; et ÿ posant légèrement trois doigts, il en mesura la largeur. Le Vicaire général (le Frère Élie) réussit de lamême manière à la voir. Un autre compagnon du Saint (le Frère Rufin), homme d'une parfaite simplicité, lui oignant les épaules pour le soulager en ses infirmités, atteignit par mégarde la plaie du cœur; Francois en ressentit une si vive douleur, qu à dater de ce jour, il porta une ample tunique qui lui couvrait les flancs. Les Frères qui lavaient ses vêtements, les trouvant teints de sang, ne purent plus donter de l'existence de cette plaie; enfin, après la mort du séraphique Père, ils purent satisfaire leur dévotion ct contempler à loisir l'ouverture du côté et les autres stigmates du serviteur de Dieu.

« Ainsi orné des sacrés stigmates, Ô Francois! tu es cet ange de l'Apocalypse que saint Jean a vu s'élever à l'Orient et qui portait au front le signe du Dieu vivant (1). »

Le fils de Bernardone portait donc, visibles sur sa chair, avec leurs couleurs de carmin et leurs émanations embaumées, les divines empreintes du Séraphin : miracle inoui dans les âges précédents, miracle dont les peuples de l'Ombrie furent témoins pendant plus de deux années, prodigeineffable d'amour par lequel Dieu voulait à la fois honorer dans

( Boxav., €. x. — Cf. Tu. DE CELaxo, Vita prima, p. 1, ce. 11; Vita secunda, p. 3, €. Lxxv-Lxxvu 3; et Tres soctt, €. xvt1.

Page 1