CHAPITRE PREMIER
tout genou doit fléchir, le Désiré des nations, le Prince de la paix, le Fils du Très-Haut. Une seule sainte fut impeccable par privilège et n'eut aucun grain de poussière sur sa robe immaculée : c'est celle que tous les siècles invoquent sous les titres de Mère du Sauveur, de Reine des vierges, d’avocate du genre humain (1). Tous les autres saints ont hérité comme nous des suites de la chute originelle; tous, à moins d'un privilège exceptionnel, ont eu des tendances dangereuses et subi des défaites partielles, avant d'arriver au triomphe qui a couronné leurs combats; le fils de Bernardone, comme les autres. Il a donc pu se passionner à l'excès pour les rêves de la gloire ou pour les plaisirs qu'il poursuivait avec la fougue de ses vingt ans, sans en soupconner les périls; il a pu commettre quelques fautes légères, de ces fautes qui relèvent de l'esprit plus que du cœur. Mais ce qu'affirment ses disciples, c'est que, jeune, il sut résister aux entraînements du monde, et, dans l’âge mûr, aux sollicitations de la chair; ce qu'ils affirment, c'est que jamais le souffle du vice impur ne vint ternir « le beau lis de sa virginité ». Il demeura toujours chaste. Ce fut son mérite, et cest ce qui projette sur son visage un si doux éclat. Ce joyau est attaché pour toujours à sa couronne immortelle et marque sa place dans la famille des saints.
Parmi tant de myriades d'élus, en effet, qui peuplent le ciel, il n y a au fond que deux sortes d'âmes, les saint Jean et les sainte Marthe d'un côté, les saint Pierre et les sainte Marie-Madeleine de l'autre, c'est-à-dire les âmes pures et celles qui, ayant failli, se redressèrent et reconquirent dans les larmes de la pénitence une beauté nouvelle. Saint François est du nombre des premières. Si, dans son testament et ailleurs, il s'accuse d'avoir dissipé la fleur de sa jeunesse
(4) Boxav., Serm. II de B. V.
dans les vanités et les folies du monde, c'est qu'il parle la langue des saints, qui ne pleurent pas seulement leurs fautes, mais aussi les jours passés dans la tiédeur et l'oubli de Dieu. Nous tenions d'autant plus à donner dès à présent cette explication ct à ne laisser planer aucun nuage sur l'intégrité des mœurs du jeune François, même au milieu du siècle, que la solution de ce point délicat emporte toutes les splendeurs de l'avenir.
Quelle n’est pas la joie du voyageur, lorsque, après une nuit d'orage, il aperçoit l'aube blanchissante et les premières lueurs du matin! Telle et plus douce encore est notre émotion, lorsque, nous transportant par la pensée au milieu d'une époque si semblable à la nôtre pour les douleurs de l'Église et les crimes de la patrie, nous assistons au lever de ces grandes lumières que Dieu suspend au firmament de son Église et qu'on appelle « les Saints ». Le Patriarche d'Assise est une de ces lumières, la plus attrayante, la plus resplendissante du moyen âge. Quoi de plus gracieux que l'aurore de sa vie, ces merveilles qui entourent son berceau, cette pureté de son enfance et jusqu à ces aventures de sa jeunesse, entremélées de tant d'amour de Dieu et des pauvres! Nous pressentons que cet astre s'élancera d'un bond dans la carrière ouverte devant lui par la main du Créateur, et qu'il la parcourra à pas de géant.
QRorE
Médaille de l’Albero de Sienne.