‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 14 sur 189 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

les mœurs et l'allure de la noblesse (1) ». La captivité fut longue : elle dura toute une année ! |

Rien n'est douloureux, à cet âge, comme la privation de la liberté ; rien n’est froid comme les murs d'un cachot. Aussi les jeunes seigneurs tombèrent-ils, dès les premières semaines de {eur détention, dans une profonde tristesse et un irrémédiable abattement. Seul, François ne perdit rien de son égalité d'âme et de sa franche gaieté. Il essaya même de relever, par ces bons mots qui lui étaient familiers, le courage de ses compagnons d'infortune; mais sa tentative n'eut pas de succès auprès de ces cœurs aigris par la défaite et irrités par les souffrances d'une détention dont ils n’entrevoyaient pas la fin. Ils s’offensèrent d'un entrain qui contrastait si vivement avec les angoisses de leur position, et leur mécontentement s'exhala un jour en reproches amers. « Je vous plains, mes amis, répliqua François; pour moi, Je suis loin de partager votre désespoir. Aujourd'hui, vous me voyez chargé de chaînes ; un jour, vous me verrez honoré par tout l'univers (2). » Quand il parlait de la sorte, ce n'était point chez lui fol orgueil ou vaine ostentation ; il ne faisait que rappeler à leur souvenir la prédiction de ce vieillard d'Assise dont nous avons parlé précédemment.

Il est probable que les jeunes chevaliers goûtèrent assez peu ce genre de consolation. Quoi qu il en soit, François ne cessa de leur donner des preuves de l'esprit de charité qui J'animait, surtout dans une circonstance que ses premiers historiens n'ont pas manqué de relater. L'un des prisonniers, d'un caractère porté à la violence ct encore aigri par le chagrin, ayant injurié ses camarades, tous le délaissérent. Notre doux adolescent les exhorta d'abord au pardon; puis, voyant que ses efforts n'aboutissaient à rien, il

(4) Tres socii, c. 11.

(2) Ibid., loc. cit.

se tourna vers le coupable, lui tint compagnie, l'apaisa et Le rendit tout à fait sociable : si bien qu'à la fin, subjugués par tant de patience et de mansuétude, tous ses compagnons d'infortune lui vouèrent une estime et une affection sans bornes. L'an 1202, la paix fut conclue entre les deux cités rivales, et nos prisonniers recouvrèrent la liberté (1).

Là se termine pour François sa vie bruyante et mondaine, cette vie qu'il appellera désormais sa « vie de péché », pleurant ces années de dissipation et remerciant Dieu de l'avoir miraculeusement arraché aux périls du monde.

Quelques auteurs du seizième et du dix-septième siècle, interprétant trop à la lettre cette expression du Saint : « Ma vie de péché », ont supposé qu'il avait imité saint Augustin dans ses écarts, avant de l'imiter dans son retour. C'est là une erreur manifeste que réfutent d'avance, ainsi que nous l'avons déjà constaté, les assertions de ses plus anciens biographes, qui étaient si bien à même de le connaître. Tous attestent que François conserva, jusqu'à la fin de sa carrière, son innocence baptismale; ct le Frère Léon assure l'avoir appris par révélation. « Je vis en songe, raconte-t-il, notre Bienheureux Père debout sur la cime d'une montagne au milieu d'un parterre de fleurs et tenant un beau lis à la main;

et comme je demandais quel était le sens de cette vision, une voix céleste me répondit que ce lis était le symbole de l’angélique pureté de François (2). »

Pureté angélique! Innocence baptismale!, Que faut-il

entendre par ces expressions ? Est-ce à dire que François n'eut aucune imperfection, aucune défaillance? Ce serait une folie de le prétendre. Un seul juste, en effet, fut impeccable par nature et ne tomba jamais : c'est celui devant qui

(1) Tres socti, c. 1. (2) BenxanD DE BESSE, De laudibus B. Fr., c. v, ms. de Turin; et Chronique des vingt-quatre généraux. — Cf. Boxav., c. v.

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