CHAPITRE XVII
Stabat. Pour nous, nous partageons l'avis du savant Ozanam. Le premier chant, qui est le plus beau, et qui a pour refrain : « {n foco l'amor mi mise : L'amour m'a mis dans un foyer d'amour », ne parait pas avoir été retouché par une main étrangère. Tout au plus Jacopone lui a-t-il donné un rythme plus classique, comme le Frère Pacifique l'avait fait pour le Cantique du Soleil. L'auteur n a pas signé son œuvre, il est vrai; mais il a voilé son nom sous les ardeurs de sa flamme et les riches couleurs de son imagination. L'idée fondamentale et le ton belliqueux de cette tenson trahissent le jeune Assisien qui rêve de s illustrer sous l’étendard du gentil comte de Brienne, puis y renonce soudain pour devenir le gonfalonier d'un prince plus puissant et le chevalier errant de l'amour divin. Il représente son extase sur l'Alverne sous la figure d'un assaut d'armes, où luimême fait une chevauchée sur la terre du Christ; blessé à mort, il rend les armes et se lie par amour et sous la foi du serment à son vainqueur.
Le second poème est beaucoup plus long ; on n'y retrouve plus ce tour original et bref qui est le cachet des œuvres de saint François. On peut donc admettre que le Bienheureux Jacopone paraphrasa, avec son abondance naturelle, une belle et grande pensée empruntée à quelque vieux cantique du séraphique Patriarche, comme les disciples d'un musicien reproduisent dans une suite de variations le motif donné par le maître. Quoi qu'il en soit, ce poème étincelle de beautés. Écoutons les accents de cette poésie italienne.
« O amour, pourquoi blesser ainsi mon cœur? Je suis tout hors de moi; la flamme que tu as allumée en mon sein me consume, et elle va toujours grandissant.
« Je ne puis fuir ni trouver de repos: je suis le prisonnier de l'amour.
« Pour acquérir l'amour, j'ai tout quitté ; et après avoir
sacrifié le monde sans réserve et sans retour, je me suis donné moi-même. Si tout l'univers était en ma possession, je le donnerais sans hésiter en échange de l'amour.
« Je ne saurais désormais arrêter mes regards sur les créatures ; je n'ai plus d yeux ni de voix que pour mou Créateur. En présence du Christ mon Amour, toute beauté me paraît une fange impure ; le ciel ct la terre perdent leurs attraits, le soleil sa splendeur, le chérubin ses lumières, le séraphin ses ardeurs.
« Toutes les créatures me répètent sans cesse que je dois aimer. Je les entends murmurer à mes oreilles : « Aime de « tout ton cœur, aime Celui qui nous a créées pour t'attirer à « Jui. »
« O Beauté ancienne et toujours nouvelle, ô Jésus, tu m as ravi mon cœur, et tu entraines mon âme tout entière je ne sais où. Je n'ai plus de cœur que pour t'aimer! O Amour après qui je soupire, ah! fais-moi mourir d'amour!
« Toi-mêème, tu ne sus pas te défendre de l'amour. Par amour tu descendis sur la terre, et tu cachas tes grandeurs natives, ta sagesse et ta puissance. Souvent tu cheminais par le monde comme un homme enivré; l'amour te menait comme un homme vendu. En toutes circonstances, tu ne montras qu amour, un amour sans mesure, avec un complet oubli de toi-même.
« Donc, que nul ne me reprenne, si je suis ivre d'amour et que l'amour semble m'ôter la raison: Comment aurais-je la force de résister à ses attraits? Non, je ne le puis. La sentence en est portée, je dois mourir d'amour. Je ne veux d'autre consolation que de mourir d'amour. »
Dans les dernières stances, le poète répète sans cesse : Amour ! amour ! Il s'est donné pour toujours à Celui qui Fa marqué des glorieux stigmates de sa Passion; .il persévérera dans sa résolution. Et commela passion hâte les batte-