‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 154 sur 189 · CHAPITRE XVII. · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII.

ments du cœur, fait haleter la poitrine et ne permet plus d'autre langage que de brûlantes exclamations, son amour s'exhale à la fin en sons rapides, harmouieux, semblables à ceux d'une harpe éolienne qui obéit à un souffle céleste et dont les accords pressés croissent, décroissent, meurent, renaissent et se prolongent longtemps encore (1).

Gœrres a écrit tout un volume sur saint Francois troubadour; il a eu raison. A travers les strophes qu'on vient d’enteudre, en effet, court un souffle lyrique, puissant, inconnu, sous la pression d'un seul sentiment. Ce sentiment, le plus spontané, le plus pur, le plus violent qui puisse faire vibrer les cordes du cœur humain, et par là même le plus poétique, c'est l'amour divin, le même amour qui a enfanté les mar— tyrs du Colisée. François cède aux transports de cet amour; il chante comme chantent les séraphins du ciel, et le moindre de ses soupirs dépasse toute l'antiquité païenne, qui connut Dieu, mais ne l'aima pas.

On nous pardonnera de nous être quelque peu étendu sur ce sujet. « Premiers vagissements de la muse italienne (2) », cris sortis d'une extasc, ces poésies sont des riens, si on les compare aux œuvres et aux vertus du Saint; mais ces riens ont du prix cependant, parce qu'ils reflètent quelque chose des ardeurs d’une âme séraphique, comme la goutte de rosée reflète les premiers feux du jour.

Lorsque le poëte de l'Alverne eut dicté ses odes et célébré la fête de l'archange saint Michel (3), il quitta la montagne miraculeuse et s’achemina lentement vers Assise. Il était monté sur un âne, humble monture qu'il préférait à toute autre, en souvenir de l'entrée triomphale du Sauveur à Jérusalem, cet dont il fut obligé de se servir pendant les

(1) Saint François troubadour, jar Gurnnes. Spire, 1826. (2 Léon NII, Encvel. Auspicato.

(3) Boxav., ce. xiv ; — Wannixe, t. II, p. 95-96.

deux dernières années de sa vie. Quand il descendit de ce nouveau Calvaire, il ne put, malgré les efforts de son humilité, se soustraire au regard et à l'admiration de la foule. Les habitants des villes et des villages qu'il traversa crurent voir en lui un crucifix vivant, et l’entourant avec cet enthousiasme qui distingue le peuple italien, ils vénérèrent ses plaies sacrées, et baisèrent ses mains baignées d'un sang miraculeux (1).

Rentré au couvent de Notre-Dame des Anges, il ny séjourna pas longtemps. « Car, dit saint Bonaventure, non seulement il brûlait pour Dieu d'un amour séraphique, mais, comme la victime du Calvaire, il avait une soif immense du salut des âmes. Ne pouvant plus marcher à cause des clous qui lui transperçaient les pieds, il se faisait conduire, tout languissant et à demi mort, à travers les bourgades, pour exciter les peuples à porter dignement la croix. 1l disait souvent à ses disciples : « Mes Frères, commençons enfin à servir le bon Dieu; car jusqu à présent nous n'avons, pour ainsi dire, rien fait pour lui. » Tout usé qu'il était par les fatigues de l'apostolat, il désirait ardemment revenir aux humbles pratiques des premiers temps de sa conversion, servir les lépreux et s'imposer toutes sortes de macérations. Si ses membres étaient abattus par la souffrance, son esprit conservait toujours la même vigueur. Il rêvait de nouveaux combats contre l'ennemi du salut; il espérait de nouveaux triomphes, et se proposait d'étendre par toute la terre le règne de la vérité; car l'amour, quand il sert d'aiguillon, ne laisse ni trêve ni repos, et presse toujours de marcher en avant (2). »

À cette belle page du Docteur séraphique, ajoutons l'éloge plus court, mais non moins admirable, que trace à

(4) Waonixc, t. IT, p. 96.

(2) Boxav., c. xiv.

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