‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 159 sur 189 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

maine? Le trait suivant donnera la réponse à cette question.

Un jour que ses douleurs l'oppressaient plus cruellement encore que d'habitude, un petit Frère infirmier, touché de compassion, lui dit : « Mon Père, priez donc le Seigneur de vous traiter un peu plus doucement ! Il semble que sa main s'appesantisse trop durement sur vous! — Si je ne connaissais ta simplicité et la droiture de tes intentions, répliqua François avec une sainte indignation, j aurais horreur de demeurer avec toi, qui trouves à redire aux Jugements de Dieu sur moi. » Et aussitôt, rassemblant toutes ses forces, il se jette sur le pavé, et le choc est si violent que ses membres endoloris en sont tout froissés. Puis il baise la terre en s'écriant : « Seigneur, je vous rends grâces pour toutes mes souffrances. Ajoutez-en cent fois plus encore, si c'est votre bon plaisir; car mon unique bonheur est d'accomplir votre très sainte volonté (1). » Le séraphique Patriarche se peint tout entier dans ce mot. Aimer Dieu sans mesure, accomplir en tout sa très sainte volonté, et mettre en cela tout son bonheur, voilà la clef de sa belle vie et de sa belle mort.

Sentant que le terme de son pèlerinage approchait et que la tente de son corps allait bientôt être repliée, il réunit ses disciples autour de sa couche dans la salle du palais épiscopal; ct, à l'exemple de Jacob, il étendit ses bras l'un sur l'autre en forme de croix pour bénir tous les fils de son amour. 1l demanda sur quel front reposait sa main droite : « Sur la tête du Frère Élie, répondirent les Frères. — C'est bien, reprit-il. Mon fils, je te bénis, en tout et pour tout; de même que sous ta main le Très-Haut a multiplié mes enfants, de même je les bénis tous en toi. Que Dieu,

(1) Boxav., c. iv.

le souverain Maître de l'univers, te bénisse dans le ciel et sur la terre! Pour moi, je te bénis autant et plus que je ne le puis. Je conjure Celui qui peut tout, de suppléer à mon impuissance : qu il se souvienne de tes œuvres, qu’il exauce tous tes vœux, et qu'il te donne part un jour à la récompense des justes (1). » Dieu devait plus tard, à la dernière heure du Frère Klie, se souvenir de la prière et des mérites de François mourant.

Le vénérable fondateur ne pouvait oublier ses chères filles de Saint-Damien ; ilenvoya donc à sainte Claire et à ses compagnes une dernière bénédiction. À ces témoignages d'une exquise délicatesse, on reconnaît bien l'aimable François d'Assise, qui pouvait dire de ses enfants spirituels ce que, Jeune encore, il disait des pauvres : « Je les porte tous dans mon cœur. » Et l'on y voit le signe de la vraie piété, car c'est le propre de la religion de transformer tout ce qu'elle touche, d'élever les pensées et de purifier, d'agrandir, de perfectionner toutes les légitimes affections en les surnaturalisant. Après avoir ainsi appelé les faveurs du ciel sur son immense famille, François pria ses Frères de le transporter à Notre-Dame des Anges, lieu béni entre tous, qui était le berceau de son Ordre et son séjour de prédilection; « car il voulut, dit Thomas de Celano (2), rendre le souffle de sa vie mortelle dans ce même sauctuaire où il avait recu le souffle divin de la grâce ». C'était dans les derniers jours de septembre 1226. Le Saint était porté sur un brancard. Quand on fut dans la plaine, à peu près à moitié chemin entre la ville et le couvent, il demanda si l’on était vis-à-vis de l'hospice où, dans les commencements de sa conversion, il aimait tant à soigner les lépreux. Sur la réponse affirmative : « Tournez-moi, dit-il, vers la cité. » Puis, se sou-

(4) Tu. pe CELAxO, Vita prima, p. 2, c. vn.

(2) Jd., ibid.

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