‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 158 sur 189 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

François, joyeux, fit servir à son hôte. Celui-ci ne put s’empêcher de dire aux Religieux : « Mes Frères, nous n'avons pas une assez haute idée de la sainteté de notre malade ; et vous-mêmes, qui êtes ses familiers, vous ne sauriez concevoir jusqu'à quel point la vertu divine habite en lui (1). »

Les bons offices du médecin ne demeurèrent point sans récompense. Une magnifique maison qu'il venait de faire bâtir était déjà lézardée et menaçait ruine; sa chute paraissait imminente. Il résolut alors de recourir aux moyens surnaturels, et posa dans la fente du mur une mèche des cheveux du Saint. Sa foi obtint un miracle; le lendemain matin, la crevasse avait disparu, et les murs s'étaient solidement rejoints (2).

L'oculiste ne fut pas le seul à s'applaudir de la présence d'un tel malade; les habitants des environs de Rieti eurent aussi à s'eu réjouir. Une épizootie, ce grand fléau des campagnes, dévastait alors leurs troupeaux. Un paysan se sentit inspiré de prendre quelques gouttes de l’eau dont le thaumaturge s'était servi pour se laver les mains. Il en aspergea ses brebis et ses bœufs, qui furent à l'instant guéris. Son exemple fut imité; l'épidémie disparut entièrement, et le nom du saint Patriarche fut en bénédiction dans toute la contrée (3).

Le thaumaturge semait les bienfaits et les miracles sur ses pas; mais pour lui-même sa guérison se faisait toujours attendre, et les médecins avaient même perdu tout espoir. Sur leur conseil, il quitta Rieti pour Sienne, où il trouverait un climat plus doux et peut-être des oculistes plus expérimentés. Il arriva dans cette ville au moment où le printemps étalait sa royale parure (1226). Il respira l'air pur et

(1) Tu. DE Cecaxo, Vita secunda, p. 2, c. xini. (2) Boxav., c. vit.

(3) Id., c. van.

les fortifiantes senteurs de ses collines, mais, hélas! sans en retirer aucun soulagement. Changement de lieu, soins et remèdes, tout fut inutile. Les plaies des stigmates crucifiaient toujours sa chair innocente; les poumons et le foie étaient atteints, l'estomac délabré, les yeux presque éteints.

De plus, il fut pris d'un vomissement LC sang qui le réduisit à la dernière extrémité.

Averti de cette rechute, le Frère Élie ne douta plus que l'heure du dénouement ne fût proche. Il accourut à Sienne, et sur le désir du Saint lui-même, il le ramena presque mourant en Ombrie. A leur arrivée, Assise fut en liesse, plus que si on lui eût annoncé une victoire sur l'ennemi : le trésor qu elle avait failli perdre, ce corps honoré des sacrés stigmates dont Sienne, Cortone, Pérouse, lui enviaient la possession, lui était restitué! Don Guido, ami et protecteur de François jusqu'à la fin, revendiqua l'honneur de lui donner l'hospitalité dans son palais. De leur côté, les magistrats d'Assise apostèrent des gardes et firent le guet jour et nuit autour de leur précieux trésor, pour le mettre à l'abri d'un coup de main (1).

Quant au malade lui-même, loin de craindre la mort, cette funèbre messagère dont le seul nom nous glace d'’effroi, il lui souriait comme un ami sourit à son ami. N'’était-ce pas elle qui allait lui ouvrir les portes de la cité de la paix et l'introduire près du trône de son Bien-Aimé ? Aussi laissait-il percer à travers ses angoisses je ne sais quelle joie qui n'est pas de ce monde. Et quoique ses souffrances fussent si aiguës, si continuelles, quil lui eût semblé plus tolérable (lui-même l'avouait) de passer sous la main du bourreau, cependant il trouvait encore assez de force pour consoler ceux qui l'entouraient. Où puisait-il cette énergie surhu-

(1) Tu. ne CeLano, Vita prima, p. 2, c. vu.

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