MAGNIFICENCES DE SON TOMBEAU
Il est écrit dans l'Évangile: « Quiconque s’abaisse sera élevé. » Cette divine promesse s'est-elle jamais plus littéralement accomplie que dans l’histoire posthume du fils de Bernardone ? Quel homme, pendant sa vie, méprisa plus la gloire? Quel homme, après sa mort, en fut plus abreuvé ? Dès la première heure, sa dépouille mortelle s’entourait de nouvelles et mystérieuses splendeurs, dont celles de la grâce avaient été le principe et le germe.
Au moment où il expirait, un vol d'alouettes s'abattait sur le toit de Notre-Dame des Anges, et ses « petites sœurs » ailées, qu'il avait naguère si gracieusement invitées à célébrer avec lui les louanges du Créateur, rompant avec leurs habitudes, — elles qui ne gazouillent jamais que dans un rayon de soleil, — se mettaient à chanter avec une merveilleuse douceur, comme pour fêter son couronnement dans le ciel (1).
Le Frère Augustin d'Assise, Provincial de la Terre de Labour, homme de mérite et d’une sainteté consommée, vit l'âme du saint Patriarche monter au firmament sous la forme d'une étoile resplendissante ; et se soulevant avec
(1) Boxav., c. x1v.
effort sur la couche où la douleur l'avait cloué : « Mon Père, cria-t-il, attendez-moi, je m'en vais avec vous.» Et son âme, brisant la frêle enveloppe de son corps, fit cortège à celle de son Bienheureux Père. Saint François apparut également à son illustre ami Guido, évêque d'Assise, qui revenait alors du pélerinage du mont Gargano et se trouvait à Bénévent : « Je quitte ce lieu d'exil, lui dit-il, et m'en vais à la patrie (1). » Tous ces événements se passaient dans la nuit du 3 au 4 octobre.
Le corps du défunt était une relique sans prix. Aussi les Frères l'entourèrent-ils des marques de la plus profonde vénération. Giacoma de Settesoli, cette pieuse matrone en qui le P. Orlando salue une suave image de sainte Marie- Madeleine (2), pourvut aux frais des décorations funèbres et de l'inhumation; et grâce à sa munificence, le corps, revêtu d'une tunique neuve ouverte au cœur, et entouré d'essences et de parfums auxquels se mélait une odeur toute céleste, fut étendu sur de magnifiques tapis pour être exposé à la vénération du peuple.
La nouvelle de cet événement se répandit avec la rapidité de la foudre dans la ville d'Assise. « Le Saint est mort! le Saint est mort! » criait-on de toutes parts. Le soir même, les habitants descendirent à la Portioncule pour vénérer les restes de celui qu'ils avaient invoqué commeun Saint, même de son vivant. Chacun put alors les contempler à loisir et satisfaire sa dévotion. « Autant François s'était fait petit et humble, dit saint Bonaventure, autant Dieu prenait plaisir à le glorifier après sa mort. Son âme avait franchi les parvis célestes, et buvait à longs traits aux sources de la vie; mais en se séparant de son corps, elle lui avait laissé dans
(1) Boxav., c. x1v. | (2) Saint François d'Assise, par le R. P. G. OnLaxvo, S. J. (Voir la Sicilia cattolica, #° art., septembre 1882.)