‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 168 sur 189 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

perdait un protecteur, pour en retrouver un autre encore plus intimement lié à la famille franciscaine.

C'est à Grégoire IX que la Providence réservait, comme une consolation dans sa vieillesse et une force dans ses épreuves, l'honneur et la joie de proclamer l'héroïsme des vertus du séraphique Patriarche. Les commencements de son pontificat furent orageux. En 1228, dans le temps des fêtes pascales, une sédition fomentée par les émissaires de l'empereur d'Allemagne, et soutenue par cette fraction de l'aristocratie romaine qui jalouse toujours la puissance des Papes, contraignit l'auguste vieillard à prendre le chemin de l'exil. Il chercha un refuge au milieu des populations fidèles de l'Ombrie, d'abord à Rieti, puis à Spolète, d’où il se rendit à Assise pour visiter le monastère des Pauvres Dames de Saint-Damien, et peut-être plus encore pour recommander à leur saint fondateur la barque de Pierre si violemment agitée. Sur les instances des habitants, qui d'une voix unanime le pressaient d'inscrire au catalogue des Saints celui qu'ils appelaient « l'ange d'Assise, l'apôtre de l'Italie, le grand thaumaturge de son siècle », il ordonna de commencer immédiatement les procédures d'usage. Avant de partir pour Pérouse, où l'appelaicnt ses démélés avec Frédéric IL, il chargea les évéques d'Ombrie de faire dans leurs diocèses respectifs l'enquête juridique sur la doctrine et sur les actes de François, et nomma une commission spéciale, composée des cardinaux les moins favorables à la cause (1), pour examiner toutes les pièces du procès.

On abrégea les délais ordinaires des béatifications; et cette mesure ne surprendra personne : toute la chrétienté retentissait du bruit des miracles de notre Bienheureux, et les témoins vivaient encore! Le Vicaire de Jésus-Christ,

(1) Boxav., c. xv.

agissant avec cette maturité que l'Église apporte dans toutes les questions de foi et de discipline, examina lui-même en plein consistoire la validité de la procédure, approuva les rapports, et, usant de la plénitude de son pouvoir, fixa au dimanche 16 juillet 1228 la solennité de la canonisation. Il tressaillait de joie, en voyant l'Église renouvelée et consolée par des vertus ct des miracles qui rappelaient les premiers temps du christianisme (1).

Le 15 juillet, il quitta Pérouse, escorté de toute sa cour, et fit une entrée triomphale dans la patrie du Saint, où l’attendaient l'évêque diocésain et Jean Parent, récemment élu Ministre général au Chapitre d'Assise (1227), et successeur immédiat du séraphique Patriarche (2). Thomas de Celano se plaît à nous redire avec quels transports de joie la vicille cité lui ouvrit ses portes, et comment elle fut obligée, en ce jour-là, de dilater son enceinte, trop étroite pour contenir les flots de peuple, de prélats et de gentilshommes, que l'annonce de cette fête avait attirés de tous les points de l'Italie (3).

Le lendemain dimanche, 16 juillet, l'église Saint-Georges, où reposait le corps béui, était richement décorée pour la circonstance, et Grégoire IX s ÿ rendait en grande pompe. Autour de lui se pressaient les cardinaux, les évêques, les abbés mitrés, les prêtres, les fils et aussi les filles du saint Patriarche. Après une fervente prière, le Pontife monta sur le trône qui lui avait été préparé, voulut publier lui-même les louanges de celui dont il avait été si longtemps le protecteur et l'ami, et prit pour texte de son allocution ces paroles du Sage : « Il a brillé dans le temple de Dieu,

(4) Tu. DE Cerano, Vita prima, p. 3, c. 1.

(2\ Saint François et les Franciscains, par le P. Pampuire De Macziaxo, t. I, C. XVII.

3) Tu. DE CELANO, Vita prima, De canonis. — Cf. Tres socii, c. xvil.

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