‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 172 sur 189 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

basilique, aurait lieu le 25 mai de la même auuce, et qu'il ouvrirait le même jour le Chapitre général.

Le Pape promit d'aller, en personne, présider la cérémonie, et, le 16 mai de la même année, il publia le bref Wirificans, où il laissait déborder à flots l’allégresse de son âme et invitait les fidèles à venir en foule gagner les indulgences qu il accordait à cette occasion. « Mais, retenu par la gravité des événements politiques (1) », il se fit remplacer par des légats, et nomma commissaires apostoliques pour la circonstance le Ministre général et quelques autres Religieux du même Ordre (2).

Le nom de Frère Élie n'est pas prononcé dans l'encyclique pontificale. Il fut même alors vertement réprimaudé par le Général pour avoir, de son propre chef, invité tous les Frères à assister au Chapitre de la Pentecôte (3). Mis à l'écart, ilen conçut un dépit mortel, qu'il ne sut pas réprimer. Son plan de vengeance fut vite arrêté. Il était dans les meilleures relations avec les magistrats d'Assise; il alla les trouver et leur représenta qu'il y avait un intérêt majeur à prévenir l’arrivée d'étrangers en nombre si considérable; qu'il fallait à tout prix soustraire la dépouille du Saint aux convoitises et à la rapacité des cités voisines, et que le parti le plus sage était de la déposer secrètement dans un caveau creusé à cet effet sous l'emplacement de l'autel de la nouvelle basilique.

Si étrange que füt la proposition, elle fut acceptée. En conséquence, le 22 mai, c'est-à-dire trois jours avant le jour fixé pour la solennité, les archers de la ville enlèvent clandestinement de Saint-Georges le sarcophage de pierre avec les ossements quil renferme, le transportent sur la

(4) Benxano DE Besse, loc. cit.

(2) Bulle Speravimus, 16 juin 1230.

(3) Tu. EccLesTox, coll. x.

Colline du Paradis, et le recouvrent d’une double dalle et d'une maçonnerie solide, le tout sans clergé ni témoins officiels (1). |

Les saintes reliques se trouvaient ainsi à l'abri de toute profanation; mais une translation faite dans des conditions si irrégulières n'était-elle pas la plus audacieuse des profanations? Ce futle cri universel des habitants d'Assise, aussi bien que le sentiment intime de Jean Parent et des légats, lorsqu'ils apprirent ce qui s'était passé (2).

Cependant, lesfêtes dela Pentecôteapprochaient; les Frères Mineurs arrivaient par groupes, et derrière eux des centaines de pèlerins, encombrant la cité et les alentours (3). Il fallait prendre une décision. Pouvait-on condamner cette multitude . d'étrangers à une cruelle déception? On ne le crut pas, et il: fut décidé que les fêtes auraient lieu quand même, et au jour désigné par Grégoire IX, c'est-à-dire le 25 mai, veille de la Pentecôte. « Elles se firent malgré tout, remarque le chroniqueur allemand, avec une grande magnificence (4). » Il ‘entend par là sans doute qu'on ne retrancha rien au programme projeté, et que la procession traversa triomphalement les rues de la ville, de l'église Saint-Georges à la basilique de Saint-François. Les légats exprimèrent publiquement le regret de Grégoire IX de ne pouvoir présider lui-même ces fêtes religieuses, et ils lurent la lettre apostolique où il racontait, pour leur consolation et à la louange de saint François, un miracle insigne récemment obtenu en

(1) « Corpus S. Francisci, tertià die antequam Fratres conveuissent, translatum rat.» (Tn. Eccresron, coll. x111.) — « Fecit Frater Helyas, quiomnia per potentiain sæcularem excquebatur, non obstante quod Frater Johannes Parens Ordini præsidebat, eamdem B. Francisci translationem fieri occulte. » (GLASSBERGER. apud Analecta Franciscana, 1. 11, p. #9.) Cf. la Chronique des vingt-quatre generaux.

(2) GLasssencen, loc. cit. — Cf. Bulle Speravimus.

(3) Benxaro DE Besse, De laud. B. Fr.

(#) GLasssencen, loc. cit.

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