‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 173 sur 189 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Allemagne, la résurrection d'un mort (1). Ils présentèrent ensuite les dons qu'il destinait au nouveau sanctuaire : une croix d’or, enrichie de pierres précieuses et contenant une parcelle de la vraie croix, des vases sacrés, des ornements précieux et une grosse somme d'argent pour l'achèvement de l'édifice (2). |

Dieu daigna montrer, par « de nombreux miracles (3) », combien lui étaient agréables ces hommages rendus à la mémoire de son serviteur. Saint Bonaventure en cite un que nous rapportons dans sa touchante simplicité. Un disciple du séraphique Patriarche, le Frère Jacques d'Iseo, était atteint depuis son enfance d’une infirmité incurable qu'il avait réussi à dissimuler au moment de son admission dans l'Ordre. Il prenait part à l'ovation décernée à son Bienheureux Père; mais sa foi réclamait une joie plus complète. Il s'approche donc du mausolée qui contenait les ossements sacrés, prie le Saint avec toute la ferveur de son âme, et se relève subitement et radicalement guéri (4).

Ainsi, l'absence du corps vénéré n'avait pas empêché les manifestations publiques ni refroidi la piété des pelerins. Néanmoins, l’inqualifiable conduite du Frère Élie et des magistrats d Assise méritait une punition. Elle ne se fit pas attendre. Le 16 juin, Grégoire IX, blessé au cœur par des procédés si inconvenants, jetait l'interdit sur la nouvelle basilique, menaçait de la dépouiller de ses privilèges et défendait aux Frères d'y tenir chapitre, si le Siège apostolique, gravement outragé, n'obtenait satisfaction dans un

(1) Guasssencen, — CF. Bref Mirificans, 16 mai 1230.

(2 Tres socti, ec. xvUT.

(3) « Miracula plurima.» {Boxav., c. xv.)

(*) Id, De miracul. — Salimbèné raconte le mème fait et y ajoute la même réflexion : « Multa etiam miracula fecit eadem die Deus per servum suuim Francixcum, » (Chron. Parm., p. 29.) L'expression eadem die ne se rapporte-t-elle pas plus naturellement à la solennité officielle du 25 mai qu'à la translation

clandestine ?

délai de quinze jours (1). La vieille cité ne s’endurcit point dans les voies de la révolte, et le Pontife pardonna sans peine une faute dont la responsabilité retombait principalement sur le Frère Élie (2). | Ajoutons à la charge de celui-ci que la translation clandestine du 22 mai eut des conséquences aussi durables que fâcheuses : on resta plus de six siècles sans connaître le lieu précis où reposaient les reliques du saint Patriarche. L'imagination des peuples eut beau jeu pour composer les plus gracieuses légendes sur l'attitude et les qualités du corps stigmatisé; mais la certitude faisait défaut. Ce n'est qu'au dix-neuvième siècle qu on a déchiré le voile qui recouvrait ce mystère, et voici dans quelles circonstances. En 1818, Pie VIT autorisa le Père Joseph de Bonis, général de l'Ordre des Conventuels, à faire des fouilles dans les flancs rocheux de la montagne, sous le maître-autel de l'église inférieure. Après un travail secret de cinquante-deux nuits, on découvrit enfin la grille de fer ; et dans la nuit du 12 décembre, la châsse apparut en entier. Le squelette était intact et répandait une odeur suave; les bras étaient croisés sur la poitrine, la châsse était en travertin, et d'une grandeur disproportionnée à celle du corps; une pierre placée sous la tête du squelette tenait lieu de coussin mortuaire. On sait que c'était là l'orciller ordinaire de notre Saint. Autour du tombeau gisaient dans la poussière un anneau d'argent avec une cornaline antique encastrée dans le chaton, des débris d'étoffe, des pièces de monnaie du temps, et vingthuit grains de chapelet, douze en ambre et seize en ébène. I n'y avait pas d'inscription tumulaire ; mais aussi bien à quoi eût-elle servi? La basilique ne portait-elle pas le titre

(4) Bulle Speravimus.

(2) « Elie se retira dans un ctmitage et trompa tout le monde par les dehors d'une pénitence qui n'était rien moins que sincère.» (Tu. EcCLESTON, coll. x.)

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