CHAPITRE XVIII
entre toutes les autres. Elles rivalisèrent de zèle avec l'Italie, pour lui rendre leurs hommages et célébrer ses vertus. Les rois et les hauts barons donnèrent son nom à leurs fils; les peuples lui bâtirent des autels ; les déshérités de ce monde implorèrent le secours de sa puissante médiation ; et Dieu se plut à autoriser leur confiance par une foule de bienfaits de tout genre, qu'on peut lire dans les chroniques de l'Ordre. |
Cependant, quelle que soit la dévotion des différentes contrées du monde envers cet amant de la pauvreté, il est une cité qui, sous ce rapport, éclipse toutes les autres : cité tellement identifiée avec son héros que son histoire semble commencer avec lui. Nos lecteurs la connaissent depuis longtemps : c'est Assise, c'est la patrie du Saint. Assise a perdu son cachet de cité étrusque, de municipe romain, pour demeurer « la cité séraphique ». Ses autres illustrations sont tombées dans l'oubli, les vaillants capitaines qui durent la défendre contre les armes de Totila, de Didier, de Charlemagne, de Frédéric Barberousse, parce qu'elle est sur le chemin de Rome, aussi bien que le poète Métastase, qui s'éleva si haut avec Mozart sur les ailes de l'inspiration chrétienne. Seule, la mémoire de François a survécu à toutes les révolutions; seule, elle est toujours aussi vivante ‘en Ombrie que s'il était mort d'hier.
Parcourons cette ville, à laquelle les maîtres du jour n'ont point enlevé sa physionomie du moyen âge. Sur la principale porte d'entrée, vous lisez üne inscription complètement étrangère aux tumultueuses agitations de ce monde et douce comme une voix du ciel : c'est la bénédiction que saint François, aveugle et mourant, donna à sa patrie. Vous franchissez les bastions et les murs, jadis témoins de tant de combats, et vous saluez de loin les ruines imposantes du château fort, au pied duquel la ville semble dormir. Hormis
quelques chants populaires, que des voix sonores fredonnent aux heures du soir, vous n’entendez guère que la psalmodie aérienne des cloches des monastères, les ébats de l'enfance, ou le doux ramage des oiseaux qui gazouillent dans les jardins.
Sans commerce, sans industrie, Assise n'a rien de la civilisation bruyante de nos grandes villes de France. Elle vit d'une tradition, d'un tombeau; c’est une cité funèbre, mais funèbre à la manière de Rome et de Jérusalem, sur lesquelles plane l'ombre des martyrs et du divin Crucifié. Mille souvenirs sacrés peuplent cette solitude, et ce qui ravit votre âme, c'est qu'ils s'harmonisent entre eux dans une parfaite unité. Ces rues étroites que vous gravissez, ces fresques antiques qui décorent la façade ou le vestibule des maisons gothiques des treizième et quatorzième siècles, ces monastères, ces églises qui forment le centre et comme l’âme de la cité, tout vous parle du héros en qui Dante salue la lumière de l'Occident.
Parmi tant de monuments, le premier qui frappe vos regards, c'est le tombeau du Saint, véritable merveille de magnificence et d'architecture, qui devint dès l'origine un centre d'attraction et d'inspiration nouvelle pour les arts et pour les lettres. Nous avons vu comment Grégoire IX avait daigné en poser la première pierre, et au prix de quels efforts de génie le Ministre général l'avait fait jaillir, pour ainsi parler, des entrailles rocheuses de la colline du Paradis. Les travaux ne furent entièrement terminés qu'au bout de treize ans (1243); et ce fut un autre successeur de Pierre, le pape Innocent IV, qui vint en personne consacrer la basilique. En mémoire de cette cérémonie et du séjour de l’auguste Pontife, le monastère fut désigné sous le nom de Sagro Convento. L'église reçut plus tard, de Benoît XIV, le titre de chapelle papale. ‘