CHAPITRE XVIII
de « Sépulcre de saint François »? Et le nom du séraphique Père ne se lit-il pas sur tous les murs? Néanmoins, Pie VII délégua les évêques d'Assise, de Nocera, de Spolète, de Pérouse et de Foligno, pour faire une enquête sur l'identité du corps. Puis, après avoir lu lui-même toutes les pièces, il déclara, dans un bref daté du 5 septembre 1820, quil constait de la validité de la procédure et de l'identité du corps, confirma les privilèges accordés par ses prédécesseurs, et, ce qui ne se lit dans la vie d'aucun autre Saint, choisit saint François pour protecteur de la papauté (1). Quatre ans après, Léon XII instituait la fête de l’Invention du corps de saint François. En même temps, le caveau était transformé en un glorieux sanctuaire, auquel on donnait le titre d'église sépulcrale. C'est là que reposent, sous la même grille, dans la même urne et le même emplacement qu'autrefois, ces reliques si longtemps dérobées aux regards et à la vénération des chrétiens. La crypte est décorée de marbres de toutes couleurs ; un autel est placé au-dessous de la châsse et adossé à la colonne qui soutient l'édifice; dix bas-reliefs en terre cuite ornent les parois du mur; dans l'hémicycle, situé entre la crypte et le jardin, le pèlerin admire deux belles statues en marbre blanc, représentant Pie VII et Pie IX. En vérité, ne dirait-on pas que dans ces deux augustes sentinelles, la Papauté est là, debout, pour veiller sur le monument qu'elle a édifié?
Grâce au sceau pontifical et à la piété des habitants d’Assise, le corps du stigmatisé de l'Alverne est demeuré intact dans son urne de pierre, où il n'a subi d'autre mutilation que celle du temps. Il nous reste de lui bon nombre d’autres reliques précieuses, dont nous ne pouvons mentionner que les principales. Au Sagro Convento, on conserve deux de
(4) Saint François et les Papes, par le R. P. Onawno, S. J. (Voir la Sicilia cattolica, septembre 1882.)
ses tuniques, une feuille de parchemin teint du sang qui coulait de sa plaie latérale; la planche qui lui servait de lit, ornée de son portrait par Giunta de Pise; deux paires de chaussures, l’une en peau de chamois, l’autre en feutre, confectionnées par sainte Claire ; un cilice en poil de chameau ; l'original de la bulle d'Honorius ITT et l’autographe de la bénédiction donnée au Frère Léon. — A Notre-Dame des Anges, une corde. — À Sainte-Claire, le tableau miraculeux de Saint-Damien, le bréviaire de saint François, ainsi que l'aube et le manteau de laine blanche qu'on a retirés du tombeau de sainte Claire, caché lui aussi pendant six siècles et découvert en 1850, trente ans après celui du séraphique Père. — A Saint-Pierre de Rome, quelques gouttes du sang des stigmates. — À San Francesco à Ripa, une corde. — A Florence, l'habit que le Saint donna au comte de Monte Acuto. — Au couvent de l’Alverne, une tunique, quelques cheveux, quelques gouttes de sang coagulé et l'obédience du Frère Ange de Pise. — Enfin, à Paris, dans la résidence des Pères Capucins, un ample manteau de laine grise. Dépouilles opimes de la pénitence, dépouilles sacrées qui ont ouvert aux fidèles de nouvelles et intarissables sources de grâces, où des milliers de pèlerins sont venus, dans les jours d'épreuves, puiser la force ou la résignation.
Ne nous en séparons pas sans jeter un coup d'œil sur le culte dont saint François est l’objet et sans considérer les magnificences de son tombeau.
Son culte se répandit bientôt sur toutes les plages de l'univers, jusqu'aux îles les plus lointaines; et après la découverte du nouveau monde par Christophe Colomb, il régna sur les deux hémisphères. Toutefois, la France et l'Espagne, ces deux nations qu'il avait aimées d'un amour de prédilection et qui avaient entendu avec sa voix les battements de son cœur d'apôtre, se distinguèrent