CHAPITRE XVIII
consolée par les anges; si simple dans son latin populaire, que les femmes et les enfants en comprennent la moitié par les mots, l'autre moitié par le chant et le cœur (1) ». Puis, Giacomino de Vérone, dans l'Enfer et dans le Paradis, et le même Jacopone, dans ses Canzone, se rapprochèrent davantage de la foule. Ils saisirent des mains dela muse sicilienne l'idiome aulique, national, qu'elle profanait, et le purifièrent en cherchant ailleurs la source de leurs inspirations : ailleurs, c'est-à-dire au vif du cœur humain, dans les harmonies de la nature éclairée d’un rayon divin, dans la conscience remuée par la foi et le repentir, dans cet insatiable besoin de vie et de félicité infinies qui fait à la fois notre tourment et notre honneur. Le peuple, pour qui ils chantaient, se tourna vers eux, et c'est ainsi que leur exemple fraya le che- -min de l'immortalité à Dante, à Pétrarque, au Tasse, aux génies soucieux du beau, du vrai, du divin.
Ils contribuèrent puissamment au triomphe de la renaissance chrétienne; mais on n'oublia pas d’où était parti l'élan, et l'on fit justement remonter au poète de l’Alverne l'honneur d'avoir importé dans les lettres, comme dans les arts, un sentiment jusqu'alors latent ou à l’état débauche, l'amour séraphique.
Il nous plait de redire, avec les plus éminents critiques de nos jours, que l'humble Mendiant d'Assise, que cet homme passionné pour les petits et les déshérités de ce monde, qui se dépouilla de tout pour mieux se consacrer au service de ses frères, fut en même temps le père de l’art chrétien, le créateur de la littérature italienne, l'auteur de la plus grande épopée dont les annales de l'ère chrétienne aient gardé le souvenir. Il nous plaît de redire aussi que la postérité se montra reconnaissante envers lui, et que, par un contraste
(1) Ozanam, les Poëtes franciscains, p. 182.
étrange, la gloire favorisa entre tous celui qui l'avait le plus méprisée. Îl exerça une sorte de royauté sur tout le haut moyen âge, qui prit plaisir à exalter son génie, ses vertus, son influence sociale, et ne craignit pas d'appeler le siècle auquel il appartient le siècle de saint Francois. Cette royauté intellectuelle, quoique moins éclatante aujourd'hui qu'aux âges de foi, n'est pas à son déclin; les fêtes du septième centenaire à Assise, à Naples, par toute la chrétienté, en ont été une preuve éclatante. Mais il ne faut pas que ce rayon de gloire attaché à la vertu nous porte à prendre le change sur la source et l'essence de cette souveraineté. Le fils de Bernardone n est pas grand parce qu'il fut poète ou parce qu'il inspira le ciseau de Jacques Lapo, le pinceau de Raphaël, l'éloquence de Bossuet, ni même parce qu'il fut orné de privilèges extraordinaires et favorisé de communications mystiques. Il est grand parce qu'il fut le héros de l'amour divin et le type le plus achevé du dévouement. Ce sont ses vertus et ses œuvres qui font sa gloire, et telle est l'excellence des unes et des autres, que les éloges des hommes, les chefs-d'œuvre de l’art et même les honneurs des autels seront toujours inférieurs à des mérites que Dieu seul peut récompenser.
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Médaille frappée par ordre de Sixte-Quint. (1588.
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(Château de Chambord.)