‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 29 sur 189 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De ces trois sanctuaires, — soit souvenir du passé, soit pressentiment de l'avenir, — l'homme de Dicu préférait la Portioncule : c'était son oratoire de prédilection et sa demeure habituelle. Prenant la Reine des Anges pour son avocate, humblement agenouillé devant son image, il la suppliait nuit et jour de lui faire connaître. les voies de la perfection évangélique où il devait marcher. Car, depuis deux ans, il suivait, il est vrai, tous les mouvements de la grâce, mais sans avoir aucun pressentiment de sa véritable vocation, semblable à ces marins audacieux qui voguent sans crainte sur les flots d'un océan inexploré, mais qui cherchent un port où ils puissent jeter l'ancre. Ce port tant désiré, Dieu le lui montra enfin; voici dans quelles circonstances.

Le 24 février 1209, — fête de l'apôtre saint Mathias, — François, à genoux dans son sanctuaire favori, assistait au saint sacrifice de la messe qui y était offert sur sa demande. À l'évangile, lorsque le célébrant eut lu ces paroles a Allez, ne portez ni or, ni argent, ni monnaie dans votre bourse, ni sac, ni deux vêtements, ni souliers, ni bâton », l'intelligence du jeune pénitent en fut vivement frappée. Après la messe, il en demanda l'explication au prêtre, ct dès quil eut appris que c'étaient les instructions données par Notre- Seigneur à ses disciples pour les former à la vie apostolique, il tressaillit; son regard s'illumina, sa figure devint radieuse : « Voilà ce que je cherchais! s’écria-t-il. Voilà ce que j'appelais de tous mes vœux! » Enfin, il touchait au port; sa vocation était dessinée : c était la prédication apostolique, avec la pauvreté pour bannière! Alors, il ne se possède plus de joie; il jette avec une sorte d'horreur sa bourse, son bâton, ses chaussures, se revêt d’une grossière tunique, de couleur gris cendré, et part immédiatement pour Assise, les pieds nus, les reins ceints d'une corde,

pour y précher la pénitence et reconquérir les âmes à Celui qui les a rachetées (1).

Puissance merveilleuse de la parole de Dieu! Au troisième siècle, un jeune noble égyptien, saint Antoine, entend ce passage de l'Évangile : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as, donnes-en le prix aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel; viens et suis-moi. » (MATTH., XX.) Et mettant ce conseil à exécution, il devient le père de la vie monastique en Orient. Dix siècles plus tard, François, le fils d'un marchand d'Assise, entend lire une autre parole de l'Évangile, se sent à son tour subjugué par la grâce, et devient le père d'une nouvelle famille religieuse. C'est en ce jour, en effet, que se célébrèrent les noces mystiques du séraphique Patriarche avec la sainte Pauvreté, et que l'Ordre des Frères Mineurs prit naissance.

Dans ses premières prédications, François eut le même succès que dans ses quêtes ; il recueillit beaucoup d’affronts pour lui, et quelques âmes pour le Père céleste, mais de belles âmes, comme nous le verrons bientôt. Il continua ce genre de vie pendant près de deux mois, partageant son temps entre la prière et le ministère de la parole, et recevant chaque jour l'hospitalité du chapelain de Saint-Damien.

Cependant Notre-Dame des Anges avait toujours pour lui un attrait particulier. Là, il méditait plus à son aise la Passion du divin Maître; là, il en savourait mieux toutes les amertumes:; là, quand il se sentait seul, protégé par l'ombre et le silence, il entrait avec Dieu dans d'inénarrables épanchements, et laissant un libre cours à la douleur qui l'oppressait, il gémissait et sanglotait tout haut. Un de ses ancieus amis, ayant un Jour entendu ses cris de détresse, entra dans la chapelle, et, surpris de le voir tout en pleurs,

(1) Tu. ve Ceraxo, Vita prima, p. 1, ce. 1x; et Tres socii, c. vu.

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