CHAPITRE IV
être la mettre à l'épreuve, et les premières relations se nouèrent (1). La Chronique des vingt-quatre généraux % ajoute une anecdote qui, | sans avoir le même degré de certitude, cadre si bien avec le caractère du Bienheureux que nous ne nous faisons aucune difficulté de l'enregistrer ici.
« Un soir, Bernard invita le saint à partager son re- 4} ARE pas et à passer la nuit sous 1) L — Wraguen
vin
son toit. François accepta de bonne grace. Après le souper, Bernard lui donna
unlit dans sa propre chambre; et, la nuit venue, il feignit de dormir profon-
l'aosatantans
dément, pendant qu'en += || réalité il observait tous || les mouvements de son hôte, à la lueur de la lampe qui éclairait l'appartement. Trompé par ce pieux artifice, François se lève, se met à genoux
sur la terre nue; et, les bras en croix, les yeux au LÉ FRÈRE FRANCOIS.
ciel, le visage baigné de (Peinture murale exécutée de son vivant , par le Frère Eudes.) larmes, il prononce ces
paroles, qu il répète toute la nuit : Deus meus etomnia : Mon
(4) Tu. pe CELawo, Vita prima, p. 1, c. x, et Vita secunda, p. 1, c. x.
Dieu et mon tout. Un tel spectacle toucha Bernard jusqu'au fond de l'âme. « Vraiment, se dit-il, c'est là un homme de Dieu (1)! » Mais il ne s'en tint pas là. Quand le jour parut, il appela Francois, et, sans lui laisser pressentir le dessein qu il nourrissait intérieurement, il lui posa, disent les trois compagnons, la question suivante : « Si un serviteur avait recu de son maître un trésor pour de longues années, et qu'avant le terme assigné il n'en eût plus besoin, que devraitil faire?
— Le rendre à son maitre.
— Or, ce serviteur, c'est moi. Dieu m'a confié d'immenses richesses, bien au delà de mes mérites; aujourd'hui je veux les lui rendre, et je les remets entre ses mains pour vous suivre. » François fut ravi de voir que le Seigneur lui envoyait un si digne sujet pour jeter les fondements de son œuvre. « Mon frère, lui dit-il, ce n'est pas là un projet de médiocreimportance! Il faut consulter Dieu; allons à l'église, entendons la sainte Messe, et l'Esprit-Saint nous indiquera ce que nous avons à faire. » Le lendemain, ils se rendirent à l'église Saint-Nicolas. Chemin faisant, un chanoine de l'église cathédrale, Pierre Cattani, homme d'une science et d'une sainteté éminentes, se joignit à eux. Après la Messe, le prêtre qui desservait Saint-Nicolas ouvrit trois fois le livre des saints Évangiles, conformément à l'usage du temps. La première fois, il lut ces paroles : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as, et donnes-en le prix aux pauvres »; la seconde : « Ne portez rien en voyage... »; la troisième : « Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il se renonce luimême, qu'il porte sa croix et qu il me suive. » « Mes frères, dit François à ses deux compagnons, voilà notre vie, voilà notre règle et celle de tous ceux qui voudront s’adjoindre à
(1) Chronique des vingt-quatre généraux, fol. 1.