‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 42 sur 189 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

disant : « Voici pour le payement que tu réclames, et que je ne te dois pas. » Silvestre s'en alla, humilié, mais content.

Le soir, réfléchissant à l'indignité de sa conduite, il eut des remords, et promit à Dieu de réparer son injustice. Un songe mystérieux acheva de dissiper les préventions qu'il nourrissait au fond de son cœur contre les pauvres de Jésus- Christ. Pendant la nuit, il vit d'abord un énorme dragon

Saint François refuse d'aller à la rencontre de l’empereur Othon et lui fait annoncer sa fin prochaine, (D'après Sermei.)

s'abattant sur la ville d'Assise et s’apprétant à en exterminer tous les habitants ; puis, la radieuse figure de François, et dans la bouche du saint une croix d'or dont le sommet atteignait le firmament et dont les bras s'étendaient aux deux pôles; enfin, l'éclat de cette croix mettant le dragon en fuite. Trois fois il eut la même vision. A la fin, comprenant que c'était un avertissement du ciel, il courut se jeter aux pieds de François, lui raconta sa vision, et le conjura non seulement de lui pardonner sa faute, mais encore de l'admettre en sa compagnie. Le saint fondateur lui répondit, en

l'embrassant avec effusion : « Mon fils, je t'accorde volontiers l’une et l’autre faveur. » Toutefois (nous ignorons pour quel motif), ce ne fut qu’au mois de septembre de la même année, après l'approbation verbale d’Innocent III, que le postulant revêtit les livrées de la pénitence. Thomas de Celano et saint Bonaventure, auxquels nous empruntons ce récit, ajoutent qu'à dater de cette heure, la vie de Silvestre, vie toute d'oraison, de pénitence et de pauvreté, rendit témoignage à la vérité de la vision que nous avons racontée. Il est le douzième compagnon du Bienheureux Patriarche, et son arrivée met le dernier trait de ressemblance entre le nouvel institut et le Collège apostolique (1).

C'est ainsi que le Tout-Puissant entourait l'humble cabane de Rivo-Torto de la triple auréole de la sainteté, des miracles et des prophéties.

Après un mois de séjour à Rivo-T'orto, François réunit ses douze compagnons (2) et leur dit : « Le Scigneur a daigné me faire connaître qu'il voulait multiplier notre petite famille. [l nous faut une demeure plus vaste, une église pour l'office canonial, un cimetière pour les morts. Allons donc trouver l'évêque d'Assise, et prions-le de procurer un asile à notre Ordre naissant. » L'évêque ne put satisfaire aux désirs du saint; celui-ci fut plus heureux auprès des Bénédictins du mont Soubase, qui lui concédèrent de la meilleure grâce du monde la chapelle de Notre- Dame des Anges, avec la maison attenante et quelques parcelles de terrain, à la condition que ce couvent serait toujours regardé comme le berceau et la maison mère de l'Ordre des Frères Mineurs. François accepta volontiers le présent et la condition (3); il était au comble de ses vœux.

(1) Tres socii, c. 1x. — Boxav., c. 11.

(2) Boxav., ec. 1v.

(3) Tres socii, c. xiu.

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