CHAPITRE V
serez béni entre tous les élus. » Alors le Saint lui dit avec une douce colère : « Pourquoi as-tu la hardiesse de transgresser le précepte de l'obéissance , et de répondre tant de fois autrement que je ne te l'ai ordonné? — Très cher Père, répondit Léon, Dieu m'en est témoin, j'ai voulu répéter les paroles que vous m'avez prescrites, mais lui-même me fait parler comme il lui plaît et contre ma volonté. — Cette fois, au moins, reprit François, réponds comme je te l'enseignerai. Je dirai : « O Frère François, petit homme misérable, après tant de crimes, oses-tu bien encore espérer que Dieu te pardonnera?» Et toi, chère petite brebis, tu répondras : « Non, tu n'as aucun droit à sa miséricorde. » Ces derniers mots étaient entrecoupés de sanglots; et se frappant la poitrine, les yeux tout baignés de larmes, il attendait que son compagnon répétât les mêmes paroles. Mais Frère Léon répondit : « Dieu vous comblera de grâces insignes; vous serez exalté et glorifié éternellement; car celui qui s'abaisse sera élevé. Je ne puis dire autrement; c'est Dieu qui parle par ma bouche. »
Et cette lutte entre l'humilité de l'un ct les prophétiques promesses de l'autre se prolongea depuis minuit jusqu à l'aube du jour (1).
Ces dialogues intimes n'enveloppent pas seulement des charmes de la poésie les origines , au caractère par ailleurs si grandiose, de l'institut séraphique; ils éclairent encore l'histoire et nous aident à pénétrer plus avant, soit dans l'esprit lumineux du maitre, soit dans l'âme simple et confiante des disciples.
Parmi ces derniers, nous avons nommé les principaux : Bernard de Quintavalle, Pierre Cattani, Gilles, Léon, Rufn, Masseo et Junipère, fleurs de la vie mystique, cœurs enthou-
(1) Fioretti, ch. 1x.
siastes parce qu'ils étaient purs, courages magnanimes qu'attirait le dévouement, comme le péril attire le soldat! C'est avec ces élus de la première et de la deuxième heure que le Patriarche d'Assise va entreprendre le grand œuvre de la régénération de l'Italie.
Sceau de la custodie de Gubbio.