‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 49 sur 189 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

brebis du bon Dieu, sache que ce n’est point là la joie parfaite. » Un peu plus loin, il reprit : « O Frère Léon, quand les Frères Mineurs rendraient la vue aux aveugles, chasseraient les démons, feraient parler les muets ou ressusciteraient des morts de quatre jours, sache que ce n'est point là la joie parfaite. » Plus loin encore : « O Frère Léon, si les Frères Mineurs savaient toutes les langues et toutes les sciences, s'ils avaient le don de prophétie et celui du discernement des cœurs, sache que ce n'est point là la joie parfaite. » Et un peu plus loin : « Chère brebis du bon Dieu, si les Frères Mineurs parlaient la langue des Anges, s'ils connaissaient le cours des astres, la vertu des plantes, les secrets de la terre, et la nature des oiseaux, des poissons, des hommes, des animaux, des arbres, des pierres et de l'eau, sache que ce n'est point là la joie parfaite. » Puis, à quelques pas plus loin encore : « O Frère Léon, quand même les Frères Mineurs réussiraient par leurs prédications à convertir à la foi chrétienne tous les peuples infidéles, sache que ce n'est point encore là la joie parfaite. » Il continua à parler ainsi l'espace de deux milles. Enfin, son compagnon, étonné, lui demanda : « Père, je vous en prie au nom de Dieu, ditesmoi donc en quoi consiste la joie parfaite. » Le Saint répondit : « Quand nous arriverons à Notre-Dame des Anges, mouillés, transis de froid, mourant de faim, et que nous frapperons à la porte, supposons que le portier nous dise : « Vous êtes deux fainéants, qui courez le monde! Vous êtes des voleurs d'aumônes, partez d'ici! » S'il nous laisse à la porte pendant la nuit, à la neige et au froid, et que nous endurions tout avec patience, sans trouble ni murmure, dans la pensée que le portier nous traite selon nos mérites et que tout cela nous arrive par la permission de Dieu, crois-moi, Ô Frère Léon, c'est là une joie parfaite! Et si, pressés par la nuit, le froid et la faim, nous supplions le

Frère, les mains jointes et pour l'amour de Dieu, de nous laisser entrer dans le couvent, et que, sortant tout en colère, un gros bâton noueux à la main, il nous jette dans la neige et nous renvoie couverts de plaies; si nous supportons en paix tous ces mauvais traitements, dans la pensée que nous devons participer aux souffrances de notre béni Seigneur Jésus-Christ, crois-moi, 6 Frère Léon, c'est bien là la joie parfaite ! Car de tous les dons spirituels que l'Esprit-Saint répand dans les âmes, le plus excellent, c’est le don de se vaincre soi-même et de souffrir.volontiers pour l'amour de Dieu (1). »

Un autre jour, dans les premiers temps de l'Ordre, saint François voyageait encore avec Frère Léon. N'ayant pas de livre pour réciter l'office canonial, il dit à son compagnon : « Chère brebis du bon Dieu, c’est l'heure des Matines, et nous n avons pas de bréviaire pour les réciter. Et pourtant, il nous faut chanter les louanges de Dieu. Voici ce que nous ferons. Je dirai : « O Frère Francois, tu as commis tant de péchés, lorsque tu étais dans le monde, que tu mérites d'être précipité au fond des enfers. » Et toi, Frère Léon, tu répondras : « Ilest vrai que tu mérites d'être précipité au fond des enfers. » Et le Frère Léon dit avec la simplicité d'une colombe : « Volonticrs, mon Père. » Mais, au lieu de répondre comme le voulait Francois, il dit, au contraire : « Dieu fera par vous tant de bien, que vous irez en paradis.» Le Saint le reprit : « Il ne faut pas dire ainsi, Frère Léon; mais, quand je dirai : « O Frère François, tu as tellement multiplié tes iniquités contre le Seigneur, que tu n'as droit qu à ses malédictions », tu répondras : « Il est vrai que tu mérites d'être au nombre des maudits. » Mais le Frère Léon dit : « O Frère François, Dieu vous fera grâce; et vous

(1) Fioretti, ch. vin

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