ENTRÉE DU COUVENT DES CELLE, PRÈS DE CORTONE
deux petits pains pour toute provision, descendit à Passignano, et de là se fit transporter dans une île du lac de Pérouse (ou lac Trasimène), en recommandant au batelier de ne révéler à personne le lieu de sa retraite, et de ne venir le chercher que le mercredi de la semaine sainte. Resté seul dans ces lieux inhabités, il s'achemina vers un buisson, où des ronces entrelacées et des branches d'arbres formant berceau lui servirent de cellule, et près duquel la
Providence avait placé comme exprès une fontaine limpide, qui lui fournit son breuvage. L'eau de cette fontaine guérit dans la suite une foule de malades. Les Frères Mineurs ne tardèrent pas à bâtir, à côté du buisson témoin des pénitences du Saint, un couvent autour duquel se groupérent peu à peu de gracieuses habitations de pêcheurs.
C'est dans cette île que le fils de Bernardone passa tout le Carême de 1211; il y garda un jeûne si rigoureux quil ne mangea que la moitié d'un pain. Le mercredi saint, le batelier vint le reprendre. Une tempête s étant élevée pendant la traversée, François l'apaisa d'un signe de croix, comme autrefois Jésus avait calmé celle du lac de Génésareth. Ce qui le ramenait à l'ermitage des Celle, c'était le désir de passer au milieu de ses Frères les grands jours de la semaine sainte, et de faire la sainte communion, dont il était privé depuis quarante-deux jours. Le jeudi saint, il vint le premier, avec la ferveur d'un séraphin, recevoir le pain des Anges, puis tous ses disciples après lui (1).
Le zèle ne laisse point de repos à ceux quil possède. Après les fêtes de Pâques, François se dirigea sur Arezzo, toujours en compagnie du Frère Silvestre. En entrant dans cette ville, il la trouva divisée en deux factions prêtes à en venir aux mains, et aperçut une arméc de démons qui volaient de rang en rang pour exciter les citoyens à s entr égorger. Aussitôt, il se tourne vers son compagnon, et lui commande d'aller sur les remparts pour chasser les démons. Silvestre obéit, et plein de cette foi qui transporte les montagnes, il crie de toutes ses forces : « Tout ce que vous êtes ici d'esprits immondes, fuyez au loin; je vous l'ordonne au nom du Dieu tout-puissant et de François son serviteur. » Au même moment, les anges de ténèbres s'en-
(1) Rovoupue DE Tossicxaxo, Histoire séraphique. Venise, 1586.