‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 56 sur 189 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

et l'ancien magistrat fut si charmé de l'entretien qu'ils eurent ensemble, qu'il prit la courageuse résolution d'imiter la vie pénitente dont il avait l'exemple sous les yeux. Son fils unique reçut la même vocation. Tous deux, ayant donc distribué leurs biens en œuvres pies, revêtirent avec joie l'habit des Frères Mineurs. Ainsi commençait à se réaliser la promesse du Saint : « Dans peu de temps, les nobles et les savants se joindront à vous pour prêcher devant les peuples et les rois. »

Pendant que saint François était à l'ermitage de San- Gallo, trois habitants de la ville vinrent lui faire visite : ils amenaient leurs fils pour qu'il les bénîit. Notre Bienheureux alla, sans rien dire, cueillir cinq figues au jardin, en donna une à chacun des deux premiers enfants, remit les trois autres au dernier et lui dit en le caressant : « Toi, mon enfant, tu seras un jour un des miens. » L'enfant devenu jeune homme entra dans l'Ordre des Frères Mineurs et reçut, en effet, le nom de Frère Ange quil justifia par une vie toute céleste (1).

Ces diverses excursions à travers la Toscane avaient occupé une grande partie de l'année 1211. L'absence du vénéré fondateur s'était prolongée plus que de coutume. Il était impossible, à une date si rapprochée des origines de l'Ordre, qu'elle ne se fit pas sentir à la Portioncule, où les disciples accouraient, mais où manquait la direction ferme et lumineuse du maître. François le comprit. Il avait hâte, d'ailleurs, de revoir le sanctuaire privilégié de Marie. Il lui tardait aussi de revoir ses compagnons de la première heure et cette jeunesse, nombreuse, enthousiaste, sur qui reposaient les espérances de l'avenir.

Quelques mois après son retour à la Portioncule, il fit la

(4) Waonixc, 1. I, p. 115.

conquête d'une nouvelle recrue : conquête qu'on peut considérer comme le fruit et le couronnement de sa mission de Toscane. Saint Bonaventure a pris soin de nous en décrire minutieusement les détails, non sans motif; car elle est un témoignage convaincant de l'idée de sainteté et de bonté compatissante qui s'attachait dès lors au nom du fils de Bernardone.

Un religieux, du nom de Morico et de l'Ordre des Croisiers, languissait dans un des hôpitaux qui avoisinaient Assise. De l'avis des médecins, la mort était imminente. Dans cette extrémité, il lui vint à la pensée de se recommander aux prières de l'homme de Dieu. Sa confiance ne fut point trompée. Le Saint pria pour lui; puis, ayant trempé de la mie de pain dans l'huile de la lampe de Notre-Dame des Anges, il dit à ses Frères : « Portez ce remède à notre Frère Morico. Non seulement, par la vertu du Christ, il le guérira, mais il fera de lui un des plus robustes soldats de notre milice. » Pour Morico, comme pour l'enfant de San- Gallo, la prédiction s'accomplit de tout point. Il s'enréla sous l'étendard de son bienfaiteur, et offrit longtemps encore à sa nouvelle famille le double spectacle d'une pénitence héroïque et d'une santé que semblaient épargner les infirmités de l'âge (1).

Avec le saint fondateur et sa nouvelle recrue pénétrons dans l'intérieur du couvent de la Portioncule : couvent de bien chétive apparence, mais d'où est parti un grand mouvement de rénovation religieuse. Au témoignage de Thomas de Celano, il offrait tous les contrastes. Au dehors, les privations et le dénuement ; au dedans, une sainte allégresse et l'union des volontés. Au dehors, le soin des lépreux et les offices les plus pénibles à la nature; au dedans, la joie du

(1) Boxav., c. 1v.

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devoir accompli et les consolations spirituelles prodiguées. Au dehors, les apparences d'une prison; au dedans, uue sorte de paradis terrestre où régnait l’opulence de la paix, parce que Dieu y régnait en maître. Nulle trace de ces noirs chagrins, de cette oppression des consciences, de ce fanatisme aveugle que la libre pensée reproche aux cloîtres! Coin de terre vraiment privilégié, le Très-Haut y semait ses bénédictions. « Les vocations affluaient; clercs et laïques, patriciens et plébéiens accouraient à l’envi », heureux de se donner à Dieu, heureux de se dévouer au service de leurs frères. Un grand souffle de foi les soulevait jusqu'à la hauteur d'un héroïsme quotidien; et dans cette vallée d'Assise germaient toutes sortes de vertus, qui ne demandaient qu'à s'épanouir au grand soleil pour répandre leurs parfums et donner tous leurs fruits. « Et c'est au zèle du réformateur ombrien qu'était due, après Dieu, cette riche floraison monastique » qui embaumait la terre et réjouissait

le ciel (1).

(1) Tu. DE CELaxo, Vita prima, p. 1, c. xv.

Sceau de l'abbave de Longchamps. (1266.)

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