‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 65 sur 189 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ciel que de la terre. La prédication, au contraire, rend poudreux les pieds de l'homme spirituel; elle distrait, dissipe et mène au relâchement de la discipline. Ainsi l'une est la source des grâces, l'autre est le canal qui les distribue. Néanmoins, il est une considération d'un ordre plus élevé qui me fait pencher vers la vie apostolique : c’est l'exemple du Sauveur des hommes, qui a joint la prière à la prédication. Puisqu il est le modèle que nous nous sommes proposé d'imiter, il paraît plus conforme à la volonté de Dieu que je sacrifie mes goûts et mon repos pour aller travailler au dehors. »

Afin d'avoir de plus amples lumières, il députa deux de ses disciples vers sainte Claire et vers le Frère Silvestre, alors retiré sur les hauteurs du mont Soubase, pour les prier de consulter le Seigneur à ce sujet. Quand les deux religieux, Philippe et Masseo, furent de retour, François les reçut comme des ambassadeurs de Dieu : il leur lava les pieds, les embrassa et leur servit lui-même à manger. Puis, les menant dans un bois voisin, il se mit à genoux devant eux, la tête nue, les bras croisés sur la poitrine, et leur dit : « Mes frères, apprenez-moi ce que mon Seigneur Jésus- Christ me commande de faire. — Père, dit Masseo, voici la réponse de Silvestre et de Claire; c'est la réponse du ciel. Va et prêche, dit le Seigneur, car ce n'est pas seulement pour ton salut qu'il t'a appelé, c’est aussi pour le- salut de tes frères, et pour eux il mettra ses paroles dans ta bouche. : À ces mots, François, saisi de l'esprit de Dieu, se lève en s'écriant : « Allons au nom du Seigneur.» Et plein d'un saint enthousiasme, il part sur-le-champ avec deux de ses disciples, Masseo Marignani et Ange de Rieti, pour prêcher Dieu à toute créature (1). |

(1) Bomav., c. x11: Waonixc, t. 1, p. 130.

Un prodige aussi touchant qu'extraordinaire marqua la première journée de cette course apostolique. Le Saint approchait de la petite ville de Bevagna, lorsque, levant les yeux, il aperçut une multitude d'oiseaux qui voltigeaient d'arbre en arbre, au bord de la route. Cette vue le remplit d'admiration, et il dit à ses deux compagnons de voyage : « Attendez-moi ici; il faut que j'aille prêcher mes frères les oiseaux. » A sa voix, tous les oiseaux se réunirent autour de lui, et il leur parla en ces termes : « Chers oiseaux, mes petits frères, le Créateur vous a comblés de bienfaits, et vous devez l'en bénir à toute heure et en tout lieu. C’est lui qui vous a revêtus de votre beau plumage et vous a donné des ailes avec la liberté de voler où il vous plaît; c'est lui qui a conservé votre race dans l'arche de Noé, et qui vous a assigné pour séjour les régions sereines de l'air. Il vous nourrit sans que vous ayez besoin de semer ni de moissonner ; il vous a donné l’eau des rivières et des fontaines pour étancher votre soif, les montagnes et les vallées pour vous servir de refuge, les arbres pour y poser vos nids; et il veille sur votre petite famille. Ah! puisque votre Créateur vous aime tant, gardez-vous bien, mes petits frères, de vous montrer jamais ingrats; appliquez-vous, au contraire, à faire sans cesse monter vers lui le tribut de vos louanges. » Pendant qu'il leur adressait ce gracieux discours, les oiseaux allongeaient le cou, battaient des ailes, inclinaient la tête jusqu'à terre, pour montrer l'extrême plaisir qu'ils prenaient à l'entendre. De son côté, le serviteur de Dieu passait familièrement au milieu d'eux, admirant leur nombre et leur variété, et les caressant des franges de sa robe. Enfin, il leur donna sa bénédiction, et sur un signe de sa main, tous s envolèrent vers les quatre parties du monde, en faisant retentir l'air de leurs chants harmonieux. Quand il eut rejoint ses frères, plein de cette belle simpli-

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