‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 66 sur 189 · CHAPITRE VIlIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIlIll

cité qui est l'apanage des âmes pures, il s'accusa de népligence devant eux pour n'avoir pas prêché jusqu'à ce jour à ses frères les oiseaux, qui écoutaient avec tant de respect la parole de Dieu (1).

Ce prodige n'était qu'un prélude à des miracles plus éclatants, par lesquels le Tout-Puissant allait sceller la vérité de sa mission apostolique.

Arrivé à Bevagna, le Saint fit un discours plein d'éloquence sur l'amour de Dieu, et guérit une jeune fille aveugle en lui mettant trois fois de sa salive sur les paupières et en invoquant la très sainte Trinité. Un grand nombre de pécheurs sortirent des voies de l’iniquité, et quelques-uns de ses auditeurs se joignirent à lui pour devenir à leur tour des apôtres de la pénitence et de la paix. Il eut alors la pensée de tourner ses pas vers les contrées infidèles de l'Orient pour y porter le flambeau de la foi, et aussi dans l'espérance d y cueillir la palme du martyre. Il se dirigea vers Rome, afin d'obtenir du Pape l'autorisation nécessaire. En route, il prêchait dans les villes et les bourgades, et il passait, comme le divin Maître, en faisant le bien et en semant les miracles sur ses pas.

À Rome, il eut une audience du Souverain Pontife. Innocent IIT apprit avec bonheur la rapide propagation de son Ordre, ainsi que les travaux et les vertus de ses frères, et il lui accorda volontiers l'autorisation d'aller précher les mahométans. Deux fois la Ville éternelle entendit la voix du Saint, et deux fois la bonne semence tomba dans un terrain bien préparé : plusieurs nouveaux disciples s'attachèrent à lui, entre autres le Frère Guillaume, dont nous avons raconté la vocation et qui fut substitué à Jean de Capella, de si triste mémoire. Le Bienheureux Patriarche se lia aussi

(1) Tu. ne Ceraxo, Vita prima, p. 1, c. xx1.

d'une étroite et sainte amitié avec une dame romaine nommée Giacoma de Settesoli, d'une des plus nobles et des plus opulentes familles du Mont-Palatin (1). Cette pieuse veuve et la vierge Claire sont les deux seules femmes avec lesquelles il ait eu des relations suivies, même pour la direction spirituelle (2); encore y mit-il une extrême réserve. Nous devons ajouter qu'elles se montrèrent dignes l'une et l'autre d’une telle prédilection, et que leur affection pour le Saint, plus pure que la neige, demeure l'image parfaite de ces affections transfigurées que Marthe et Marie-Madeleine avaient pour Notre-Seigneur. L'esprit le plus prévenu n'y trouve rien à reprendre; et quant au vrai chrétien, ah! comme il se sent heureux de rencontrer ainsi dans l'histoire, « parmi ces flots d'amour coupable qui corrompent le monde..., quelques gouttes au moins de ce chaste amour que l'homme a perdu avec l'innocence, que nous retrouverons un jour dans le ciel, et dont nous pouvons déjà, dans l'histoire des Saints, respirer quelquefois d'avance le virginal parfum (3) »!

Giacoma, à l'exemple des saintes femmes de l'Évangile, donnait généreusement l'hospitalité aux pauvres de Jésus- Christ, toutes les fois qu'ils venaient à Rome, et elle se faisait un bonheur de pourvoir à tous leurs besoins. Ce fut grâce à son intervention que les Bénédictins de Saint-Côme, au delà du Tibre, cédèrent aux Frères Mineurs, l'an 1229, l'hôpital Saint-Blaise ; c’est aujourd'hui le couvent de San- Francesco a Ripa. On y voit encore la chambre qu'habita le Saint, et la pierre qui lui servait d'oreiller.

Après un court séjour dans la Ville éternelle, François

(1) Histoire de la basilique de Saint-François d'Assise, par G. Frarixi. Prato, 1882. Fratini dit qu'elle avait été mariée à Sancio Frangipani, seigneur de Sermoneta.

(2) Tu. De CEraxo, Vita secunda, p. 3, c. LY.

(3) Mgr Bovcaun, Histoire de sainte Chantal, t. X, p. 249.

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