‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 85 sur 189 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

prouver que cette œuvre vient de Lui. » Après cette réponse d'une sublime naïveté, il partit de Pérouse avec la bénédiction du Souverain Pontife pour s'en retourner à Notre-Dame des Anges. S'étant arrêté en route dans une léproserie pour y prendre un peu de repos, il eut une vision. À son réveil, il appela Masseo et lui dit : « Réjouissons-nous, mon Frère; car, je te l’affirme, l'indulgence que le Souverain Pontife vient de m accorder est ratifiée au Ciel. »

Cependant, le jour du grand pardon n'était pas fixé. Le serviteur de Dieu attendait et priait, plein de confiance; son espoir ne fut point déçu. Six mois après la première apparition, par une froide nuit d'hiver (1), il priait dans la cellule du jardin, à quelques pas du sanctuaire de Notre-Dame des Anges, et flagellait durement sa chair innocente. Le démon, qui veille sans cesse pour perdre les âmes, s'approche de lui sous la forme d'un Ange de lumière, et lui suggère cette pensée : « À quoi bon consumer ainsi ta jeunesse en mortifications excessives ? Ne sais-tu pas que le sommeil est le grand réparateur du corps? Crois-moi, conserve tes jours, afin de servir Dieu plus longtemps. » François, découvrant la ruse de Satan, se précipite hors de sa cellule, ôte sa tunique, et, poussé par cette soif d'immolation qui est l'indice de la victoire et la meilleure moitié de l'amour, il se roule dans la neige et dans un buisson plein de ronces et d’épines, en disant à son corps ensanglanté : « Mieux vaut souffrir ces douleurs avec Jésus-Christ, que de se laisser prendre aux perfides caresses du serpent ! » A peine a-t-il accompli cet acte héroïque que toute la nature se transforme autour de lui, Une lumière éblouissante l’environne; les épines rougies de son sang se couronnent de roses blanches et rouges, symbole de sa pureté et de sa charité. Les Anges du Ciel

(1) Janvier 1217. Conrad indique le mois, sans fixer l'année.

jettent sur ses épaules déchirées une tunique plus blanche que la neige, des plus riches parmi celles qui se tissent dans les atcliers du ciel; puis, d'une voix suave, près de laquelle pâliraient les plus harmonieux concerts de ce monde, ils l'invitent à les suivre: « François, hâte-toi d'aller à l'église ; le Sauveur des hommes t'y attend avec sa Bicnheureuse Mère. » Francois se penche pour cueillir vingt-quatre de ces roses apportées des jardins du ciel, douze blanches et autant de rouges, et se rend à la chapelle par un chemin qui lui semble couvert de tapis soyeux.

Jésus était là, comme dans la première apparition, sur un trône de lumière, avec la Reine du ciel à sa droite et une escorte d'anges. Francois, après une profonde adoration, déposa les roses sur l'autel et les offrit à Notre-Seigneur par les mains de la Vierge Immaculée. « François, lui dit le Fils de Dieu, pourquoi ne rends-tu pas à ma Mère le tribut d'hommages que tu lui as promis ? » François, comprenant qu'il s'agissait des âmes que devait sanctificr la grande indulgence de la Portioncule, lui répondit avec l'accent d'une confiance toute filiale : « O Dieu trois fois saint, souverain Maître du ciel et de la terre et Sauveur du genre humain, daignez, dans votre infinie miséricorde et pour l'amour de votre glorieuse Mère, déterminer le jour de l'indulgence plénière dont vous avez enrichi ce saint lieu. — Je veux que le pardon s'ouvre aux vêpres du 1° août, et qu'il ne se ferme qu'aux vêpres du lendemain. — Mais, Seigneur, comment les hommes ajouteront-ils foi à mes paroles ? — Ne crains rien, va trouver de nouveau celui qui est mon Vicaire sur la terre, afin qu'il publie lui-même cette indulgence. — Mais, Seigneur, quelle confiance votre Vicaire pourra-t-il avoir en un pauvre pécheur comme moi ? — Prends avec toi quelques-uns de tes compagnons qui ont entendu ma voix, emporte quelques-unes de ces roses miraculeuses, et

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