‹ Saint François d'Assise (1182-1226)Chapitre 90 sur 189 · PREMIERS CHAPITRES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

PREMIERS CHAPITRES GÉNÉRAUX

De 1212 à 1216, le saint fondateur dut être fidèle à la résolution qu'il avait prise de tenir chaque année deux sessions capitulaires. Mais ces premières réunions générales n'ont laissé aucune trace dans l'histoire. Les Trois compagnons nous disent seulement qu elles avaient lieu à la Pentecôte et à la Saint-Michel, et toujours au pied de Notre- Dame des Anges (1). |

Le premier Chapitre général qui ait fixé l'attention des biographes est celui de l’année 1217, et avec raison; car le Saint y prit deux mesures aussi fécondes en résultats que décisives pour l'avenir de l'Ordre. Il divisa l'Italie en plusieurs provinces, et envoya le Frère Élie en Toscane, Benoît d'Arezzo dans les Marches, Jean de Strachia en Lombardie, Augustin dans la Terre de Labour, Daniel dans la Calabre, et un autre religieux dans la Pouille. Il s'occupa ensuite des ouvriers évangéliques qui devaient franchir les limites de l'Italie, et désigna Bernard de Quintavalle pour l'Espagne, Jean de Penna avec soixante Frères pour l'Allemagne, Jean Bonelli avec Monald de Florence pour la Provence, et Bonencontre, prêtre romain, pour le Berry. Il s'était réservé

(4) C. xiv.

pour lui-même Paris, le nord de la France et les Pays-Bas, et il n'avait pas caché à ses Frères les motifs de son choix. Il aimait la France, parce que c'était le pays où le culte eucharistique était le plus florissant (1); il l'aimait encore parce qu'il savait par révélation qu'elle lui donnerait bientôt de nombreux disciples et qu'il y serait lui-même un jour l'objet d’une ardente dévotion; il en aimait aussi la langue claire et sonore, et il en faisait usage lorsqu il était comme emporté par les ardeurs de l'Esprit-Saint (2). Comme saint Benoît, comme saint Dominique, comme tous les fondateurs d'Ordres religieux, il sentait que si Rome cest la tête de l'humanité régénérée, la France en est le cœur, et qu'une œuvre d'apostolat ne peut prendre tout son essor avant d'avoir respiré l'air de la France. Beau témoignage rendu aux destinécs providentielles de la fille aînée de l'Église et à son esprit de prosélytisme ! i

Avant de quitter la Portioncule, le saint Patriarche bénit ses enfants, leur donna le baiser de paix et d'adieu, et les . missionnaires sortirent de Notre-Dame des Anges, comme les Apôtres étaient sortis du cénacle au lendemain de la Pentecôte, pour aller semer aux quatre vents du ciel la bonne semence de l'Évangile. La douleur de la séparation était adoucie par la certitude d'aller là où l’obéissance les envoyait, et par l'espérance de donner Jésus-Christ aux âmes affamées de lumière et d'amour. Lui-même partit avec Frère Masseo pour la mission de France. Du coteau d'Assise, il porta un regard plein d'espérance vers ce beau « royaume des lis » dont le seul nom faisait battre son cœur des plus douces émotions, et qu'il lui tardait d’arracher aux

(4) Diligebat propterea Franciam ut amicam corporis Domini, atque in ea mort propler Sacrorum reverentiam cupiebat. (Tu. DE CELANO, Vita secunda, p. 3, ©. cxxix.) — Voir la Chronique des vingt-quatre généraux : « Anno 1217, etc. »

(2) Tu. De CELANO, Vita secunda, p. 1, c. vur.

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