CHAPITRE
remplis de confiance, attendant du Créateur, comme les oiseaux du ciel, leurnourriture de chaque jour. La Providence ne leur manqua point. On vit accourir d'Assise, de Pérouse, de Foligno, et jusque de Spolète, des hommes de toutes conditions, clercs et laïques, chevaliers et gens du peuple, qui, non contents d'apporter aux pauvres de Jésus-Christ toutes les provisions nécessaires, poussèrent la charité jusqu à vouloir les servir de leurs propres mains. Ces secours durèrent autant que le Chapitre (1).
Une foule de personnes étaient venues par pure curiosité, attirées par la nouveauté du spectacle ; Dieu en profita pour toucher leurs cœurs. Parmi tant de visiteurs, les uns étaient surtout frappés de la vie austère des Frères Mineurs ; ils se disaient : « Voilà qui nous montre bien que le chemin du ciel est étroit, et qu il est difficile aux riches d'entrer dans le royaume de Dieu! Nous nous flattons de faire notre salut, sans rien retrancher de nos aises ni des délices du siècle, tandis que ces bons Frères se privent de tout et tremblent encore. Nous voudrions mourir comme eux, mais nous ne voulons pas vivre comme eux; et cependant, on meurt comme on a vécu. » Les autres observaient plutôt la céleste expression de leur physionomie, le gracieux sourire de leurs lèvres, leur empressement à se rendre de mutuels services, la paix divine qui se reflétait dans la douce lumière de leurs regards. « Ce sont des anges, pensaient-ils; ils ne touchent la terre que par les extrémités des pieds, et déjà leurs pensées et leurs affections sont dans la céleste patrie. Qui nous empêche de partager leur bonheur? » Et bon nombre d'entre eux (ils étaient plus de cinq cents) dirent adieu au monde, s'agenouillèrent aux pieds de François et revêtirent les glorieuses livrées de la pénitence. C'est ainsi que la
(4) Waonixc, t. I, p. 282-286. \
bonne odeur des vertus des Frères remplissait toute la vallée de Spolète et y produisait des fruits de vie.
Il est bon de remarquer ici qu autant le saint fondateur était ami de la simplicité, autant il était ennemi de l'exagération. Ayantappris que plusieurs deses disciples se livraient à des mortifications immodérées, il ordonna d'apporter les instruments de pénitence, cottes de mailles et ceintures de fer, et interdit, dans les jcûnes, veilles et macérations, tout ce qui pouvait être préjudiciable aux travaux du ministère apostolique (1).
Le renouvellement de l'esprit religieux, l'accroissement de la ferveur et la conquête de nouveaux disciples ne furent pas les seuls résultats du Chapitre des Nattes (2). On y dressa trois statuts importants, qui fixèrent les pglorieuses destinées de l'Ordre. Les voici :
1° « On fera une mention expresse des saints apôtres Picrre et Paul dans les oraisons : Proteye nos, Domine, et Exaudi nos, Deus (3). » Par cette prière liturgique, Francois ne resserrait pas seulement les liens qui rattachaient l'Ordre dès sa naissance à l'Église romaine, mère et maîtresse de toutes les Églises ; il inaugurait encore parmi ses enfants cette dévotion au Pape, qui devait être et demeure toujours le trait distinctif de sa triple famille.
2° « On ne recevra ni couvent ni église qui ne soient conformes à la sainte pauvreté que nous avons promise dans la règle.» Sage décision qui fermait l'entrée des couvents franciscains à la passion du luxe et des richesses, cause ordinaire de relâchement et de ruine dans la discipline régulière.
(1) Tres sorti, c. xiv.
(2) Ce fut à ce Chapitre que Francois accorda aux Provinciaux le pouvoir d'admettre les novices à la profession religieuse. (V. Tres socii, c. xv1.)
(3) BenxanD pe BESSE, de laud. B. Fr.